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Attaques jihadistes au Mali : une guerre asymétrique qui menace toute l’Afrique de l’Ouest
Depuis deux jours, le Mali est attaqué. En tant que voisin, frère siamois du Sénégal et panafricain, il m’est impossible de rester silencieux. J’exprime ici mon soutien plein et entier au peuple malien, confronté à une nouvelle vague de violences qui marque un tournant inquiétant dans la nature des menaces sécuritaires au Sahel.
Les groupes jihadistes doivent être combattus sans ambiguïté, et ces attaques doivent être condamnées de partout. La Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest est appelée à suivre la situation de très près. Au-delà des institutions, c’est toute la région qui doit faire bloc. Aux Maliens, j’adresse un message de résilience et d’unité : c’est dans ces moments que les nations se révèlent.
Les attaques récentes témoignent d’une mutation préoccupante. Après avoir ciblé, fin 2025, les circuits de ravitaillement en produits pétroliers, les groupes armés s’attaquent désormais directement aux symboles et aux leviers de la souveraineté malienne. Les offensives coordonnées, menées sur plusieurs fronts, combinent des modes opératoires variés : véhicules piégés, assauts simultanés, et, de plus en plus, l’usage de technologies accessibles comme les drones. les attaques auraient impliqué l’usage de drones selon plusieurs sources, illustrant l’évolution technologique des groupes armés.
Nous sommes face à une guerre asymétrique. Des groupes non étatiques, mobiles, adaptatifs, capables d’exploiter des moyens relativement légers mais efficaces, affrontent un État contraint par des structures plus lourdes. Cette asymétrie n’est pas seulement militaire ; elle est aussi informationnelle, logistique et financière. Elle permet à ces groupes de frapper vite, fort, et souvent là où on ne les attend pas.
Les armes et les moyens déployés interrogent. Ils suggèrent l’existence de soutiens qui dépassent les seules dynamiques locales. Il est légitime de s’interroger sur les réseaux internationaux – financiers, logistiques, voire politiques – qui permettent à ces groupes d’opérer à ce niveau. Le Mali semble faire face à des adversaires puissants, dont l’intérêt est de maintenir une instabilité chronique, voire de favoriser une fragmentation du territoire.
Dans ce contexte, la lutte contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme doit être considérablement renforcée. Aucun dispositif sécuritaire ne pourra être pleinement efficace si les flux financiers qui alimentent ces groupes ne sont pas identifiés, traqués et asséchés avec rigueur.
Il serait par ailleurs naïf d’ignorer les enjeux économiques sous-jacents. Le Mali, riche de ressources minières considérables, affirme de plus en plus sa souveraineté sur son territoire et ses richesses. Cette dynamique vient bousculer des équilibres anciens et des intérêts établis. Dans bien des cas, les conflits contemporains ne se jouent pas uniquement sur des lignes idéologiques, mais aussi autour du contrôle des ressources et des chaînes de valeur stratégiques.
Dans un article à paraître dans la Revue de Dakar, consacré aux impacts des tensions au Moyen-Orient – notamment autour de l’Iran – sur le continent africain, j’alertais déjà sur le risque d’une extension des conflits et sur l’émergence de formes d’attaques hybrides. Les événements actuels au Mali semblent confirmer que nos États ne sont pas encore pleinement préparés à ces nouvelles configurations de la guerre.
Face à cela, l’Afrique de l’Ouest doit franchir un cap. Il ne s’agit plus seulement de coopérer, mais de mutualiser réellement les moyens, de renforcer les dispositifs communs et d’avancer vers une capacité régionale crédible de défense et de sécurisation des frontières. La souveraineté ne peut être effective sans sécurité, et la sécurité ne peut être durable sans une approche collective.
Rester silencieux aujourd’hui serait une faute. Parler, analyser, alerter et proposer : c’est une responsabilité.
Mohamed LY
Président Think Tank IPODE
Sénégal : l’heure des réformes courageuses pour redonner du sens à la dépense publique
Depuis que l’agence de notation Moody’s a abaissé la note du Sénégal pour une 3ᵉ fois, je vois passer des réactions indignées sous des airs de théorie du complot populiste. Beaucoup cherchent à discréditer l’agence, à la présenter comme un outil occidental qui complote contre l’Afrique. C’est une erreur, une hérésie.
Les agences de notation ne font que mesurer ce que le marché voit déjà : une économie fragilisée, des comptes publics dégradés, une confiance entamée. Ce ne sont pas les agences de notation qui ont creusé notre déficit, ni alourdi la dette du Sénégal, ni multiplié les dépenses sans impact. Les agences ne font qu’allumer la lumière là où nous avons préféré rester dans l’ombre.
La vérité, c’est que cette dégradation doit être un signal d’alerte, pas une occasion de victimisation.
Le Sénégal n’a pas besoin d’attaquer les institutions qui la notent. Nous avons juste besoin de rassurer les investisseurs, de reconstruire la crédibilité de notre signature, et surtout de relancer une économie au ralenti.
Les chiffres parlent d’eux-mêmes : à fin juin 2025, les dépenses en capital (investissements publics) ont été exécutées pour 581,9 milliards de francs CFA, soit 30,1 % des prévisions du budget. Les investissements sur ressources internes s’élèvent à 186,6 milliards de francs CFA, soit 31,8 % de leur objectif. En valeur absolue, le montant de 581,9 milliards en 2025 est inférieur à celui de 648,4 milliards en 2023 (premier semestre) pour les dépenses en capital. Le niveau d’investissement réel est beaucoup plus bas, en pourcentage des crédits ouverts, comparé à 2023 (30,1 % vs ~39,7 %), et c’est là que le problème réside.
Pendant ce temps, on entretient des caisses noires à la présidence, à la primature et à l’Assemblée nationale, dont les montants réels sont astronomiques au vu de la situation du pays. On maintient un train de vie d’État qui ne correspond plus à la réalité, héritage d’un clientélisme d’une autre époque.
Aucune des « Big Three » (Standard & Poor’s, Moody’s ou Fitch) n’a inventé la crise budgétaire sénégalaise. Elles la constatent. Et elles disent au monde ce que tout investisseur, tout banquier, tout bailleur sait déjà : la trajectoire actuelle n’est pas soutenable sans réforme, sans effort, sans discipline et sans audace.
Alors, au lieu de se réfugier dans un réflexe nationaliste de façade, notre pays, à travers le régime en place, ferait mieux de prendre le taureau par les cornes : réduire les dépenses superflues, rationaliser la gestion publique, réinvestir massivement dans l’économie réelle — production, énergie, industrie, agriculture — bref, dans tout ce qui crée de la valeur, de l’emploi et de la confiance.
Une notation n’est pas une punition. C’est un miroir. Et tant que nous préférerons casser le miroir plutôt que de nous regarder dedans, nous continuerons à répéter les mêmes erreurs. Oui, la faillite est à craindre si rien ne change. Mais une note coupée peut être remontée si le gouvernement applique des réformes crédibles. D’ailleurs, le marché l’a compris : malgré la dégradation, le Sénégal a levé 450 milliards de CFA sur les marchés financiers, avec une demande dépassant 150 % de l’offre (source : Ecofin Agency). Cela montre que certains investisseurs croient encore en notre potentiel — mais exigent des garanties sérieuses.
L’un des premiers indicateurs d’un pays aspirant à l’autonomie est une dépendance réduite vis-à-vis de l’étranger. Et à cet égard, les chiffres du Bulletin Mensuel des Statistiques du Commerce Extérieur de l’ANSD relaient des évolutions baissières des exportations et haussières des importations — un déséquilibre qui constitue un véritable signal d’alarme pour la balance commerciale.
En effet, selon l’ANSD, en juillet 2025, les importations du Sénégal ont crû de +16,6 % (par rapport à la même période antérieure), quand les exportations ont baissé de -16,1 % sur la même période.
Ce décalage illustre parfaitement un affaissement de notre appareil productif et le manque de compétitivité de notre économie réelle. À ce rythme, nous importons ce que nous devrions produire et exportons de moins en moins ce que nous savons faire. Voilà le vrai nœud du problème : notre dépendance grandissante fragilise notre souveraineté économique et pèse sur nos équilibres extérieurs.
Et qui dit balance commerciale déficitaire, dit besoin accru de devises pour financer ces importations — ce qui exerce une pression directe sur nos réserves et in fine, sur la stabilité macroéconomique du pays. C’est une spirale qui, si elle n’est pas enrayée, affaiblira encore davantage notre économie réelle et notre capacité à financer le développement par nous-mêmes.
Il est temps que le gouvernement s’occupe de la souffrance des Sénégalais, de la paupérisation des couches les plus vulnérables, du ralentissement du secteur du BTP, de notre souveraineté agricole et de l’assainissement de nos villes et adopte pour finir, une rigueur de gestion pour corriger la trajectoire budgétaire du pays.
Mohamed LY
Président du THINK TANK IPODE
Ma position sur l’amnistie est publique. Je l’ai exposée sur les ondes, dans la presse nationale. Et il n’était pas facile de le faire si je n’avais pas le courage de mes convictions chevillées au corps.
En février 2024, j’avais demandé à ce que l’amnistie ne soit pas votée. Ensuite, j’ai demandé à ce que les effets de l’amnistie n’empêchent pas que la vérité triomphe dans la recherche de justice sur les tragiques événements que nous avons vécus entre 2021 et 2024. Plusieurs solutions juridiques ont été proposées et suggérées à cette fin.
La majorité actuelle a proposé une loi interprétative qui, selon eux, suffira pour faire jaillir la vérité et punir les auteurs des actes criminels. Elle a été votée et je garde l’espoir de voir justice rendue, pour mes compatriotes tués, mutilés, éborgnés et/ou martyrisés.
Et je ne m’associerai à aucun moment à ces fossoyeurs de l’APR et de leurs anciens alliés qui ont cautionné et voté cette amnistie et plus d’une décennie d’impunité. Ils ont été aussi les acteurs du naufrage démocratique de la dernière présidentielle. Eux, ne sont pas devenus mes alliés par tactique — non, je refuse cette facilité. C’est tout ce que les Sénégalais détestent : le « Ôte-toi de là que je m’y mette ».
L’APR et leur gouvernance de 12 ans sont à la source de tous nos malheurs actuels, une gouvernance que nous avons combattue avec véhémence et conviction.
La majorité des citoyens a fait le choix de faire confiance à PASTEF, qui incarne depuis novembre 2024 la nouvelle majorité parlementaire, portée par une promesse de justice et de transparence. Il leur revient désormais de traduire ces engagements en actes concrets. Leur action sera évaluée à l’aune des résultats obtenus. Cette confiance demeure — tant que leur gouvernance continuera d’en être digne.
Notre pays a besoin de justice dans la fermeté, de célérité, et aussi d’être apaisé. De cet apaisement éclora une société focus sur le travail, sur l’essentiel, c’est-à-dire sur les résultats.
Bonne fête du 4 avril.
Bonne fête d’indépendance.
Mohamed Ly – Président du Think Tank IPODE
Ma position sur l’amnistie est publique. Je l’ai exposée sur les ondes, dans la presse nationale. Et il n’était pas facile de le faire si je n’avais pas le courage de mes convictions chevillées au corps.
En février 2024, j’avais demandé à ce que l’amnistie ne soit pas votée. Ensuite, j’ai demandé à ce que les effets de l’amnistie n’empêchent pas que la vérité triomphe dans la recherche de justice sur les tragiques événements que nous avons vécus entre 2021 et 2024. Plusieurs solutions juridiques ont été proposées et suggérées à cette fin.
La majorité actuelle a proposé une loi interprétative qui, selon eux, suffira pour faire jaillir la vérité et punir les auteurs des actes criminels. Elle a été votée et je garde l’espoir de voir justice rendue, pour mes compatriotes tués, mutilés, éborgnés et/ou martyrisés.
Et je ne m’associerai à aucun moment à ces fossoyeurs de l’APR et de leurs anciens alliés qui ont cautionné et voté cette amnistie et plus d’une décennie d’impunité. Ils ont été aussi les acteurs du naufrage démocratique de la dernière présidentielle. Eux, ne sont pas devenus mes alliés par tactique — non, je refuse cette facilité. C’est tout ce que les Sénégalais détestent : le « Ôte-toi de là que je m’y mette ».
L’APR et leur gouvernance de 12 ans sont à la source de tous nos malheurs actuels, une gouvernance que nous avons combattue avec véhémence et conviction.
La majorité des citoyens a fait le choix de faire confiance à PASTEF, qui incarne depuis novembre 2024 la nouvelle majorité parlementaire, portée par une promesse de justice et de transparence. Il leur revient désormais de traduire ces engagements en actes concrets. Leur action sera évaluée à l’aune des résultats obtenus. Cette confiance demeure — tant que leur gouvernance continuera d’en être digne.
Notre pays a besoin de justice dans la fermeté, de célérité, et aussi d’être apaisé. De cet apaisement éclora une société focus sur le travail, sur l’essentiel, c’est-à-dire sur les résultats.
Bonne fête du 4 avril.
Bonne fête d’indépendance.
Mohamed Ly – Président du Think Tank IPODE
Les nations ne remboursent jamais entièrement leur dette publique, elles la refinancent en permanence. Pourtant, beaucoup n’évoquent la dette qu’à travers deux indicateurs : 3 % de déficit annuel (nouvelle dette) et 70 % du PIB (stock total). Mais trois autres critères sont bien plus déterminants pour la dynamique économique[1].
D’abord, les critères de convergence ne sont pas des plafonds stricts, mais des régulateurs[2] conçus pour prévenir les dérives. À l’image d’un régulateur de vitesse en voiture, ils ajustent la trajectoire sans freiner la progression. L’essentiel est d’avoir une stratégie de retour à l’équilibre claire et partagée. Il convient de rappeler que ces critères s’appliquent uniquement dans un espace communautaire partageant une même monnaie, dans le but d’harmoniser les économies des pays membres. Les États Unis, la chine ne sont pas soumis à des critères de convergence.
Prenons un exemple : une dette représentant 100 % du PIB avec un taux d’intérêt de 1 % pèse cinq fois moins sur les finances publiques qu’une dette de 50 % du PIB à un taux de 10 %. Le coût réel de la dette dépend donc davantage du taux d’intérêt que de son volume[3].
Un pays peut ainsi refinancer 1 000 milliards de dette à 1 %, plutôt que de puiser dans ses réserves, et réinvestir l’épargne réalisée dans des secteurs générateurs de croissance. En quelques années, le PIB augmente, le poids relatif de la dette diminue et les recettes fiscales s’améliorent. L’essentiel n’est donc pas de rembourser, mais de refinancer intelligemment tout en stimulant la croissance.
Cependant, chaque refinancement entraîne des coûts. Une dette renouvelée tous les deux ans coûte bien plus cher sur 30 ans qu’un emprunt unique à long terme.
Ainsi, nous devons nous concentrer sur trois leviers essentiels. D’abord, investir en priorité dans des secteurs à rendement rapide[4], comme l’énergie et les infrastructures, qui génèrent rapidement des revenus permettant ensuite de financer des domaines à impact plus long, comme l’éducation et la santé. Ensuite, maximiser la production interne : plus nous produisons, plus le PIB croît, et plus la TVA augmente mécaniquement, renforçant ainsi nos finances publiques[5]. Enfin, il est crucial de planifier et d’expliciter clairement notre stratégie de croissance. Une vision cohérente et lisible rassure les marchés et les agences de notation, facilitant ainsi l’accès à des financements à moindre coût et sur des durées plus longues.
Enfin, les critères de convergence ont été définis à une époque de taux élevés. Aujourd’hui, avec des taux bas, ils doivent être interprétés avec souplesse, dès lors que la nouvelle dette finance des investissements productifs.
Nécessité de surmonter la crise budgétaire par un choc de confiance
Sans une gouvernance économique rigoureuse et une vision stratégique claire, aucune nation ne peut se développer. Le Sénégal, confronté à une crise budgétaire sans précédent, n’échappe pas à cette règle. Avec un déficit budgétaire dépassant 12 % du PIB et une dette publique frôlant les 99 %, l’État sénégalais se trouve à un tournant décisif. Il peut choisir la voie de l’austérité, qui risque d’étouffer l’économie, ou celle d’une relance intelligente, fondée sur un choc de confiance capable de restaurer la crédibilité des institutions et de relancer la dynamique économique.
La première erreur serait de céder à la panique et d’adopter des mesures précipitées, telles que la réduction des salaires des fonctionnaires, ou la suppression des subventions sur l’électricité et l’eau de façon indifférenciée. Dans un contexte marqué par la flambée des prix des biens essentiels et l’érosion du pouvoir d’achat, de telles décisions ne feraient qu’exacerber les tensions sociales. L’histoire récente nous l’a appris : lorsqu’un État opte pour des solutions purement comptables sans en mesurer les implications sociales, il s’expose à une explosion des contestations, à des grèves paralysantes et, au pire, à une crise de confiance généralisée. L’exemple des émeutes de l’électricité, qui avaient embrasé le pays par le passé, doit servir de leçon.
Plutôt que de chercher des boucs émissaires, il est urgent, dans un premier temps, d’agir sur deux fronts : la stabilisation macroéconomique ainsi que la relance ciblée de la consommation et de l’investissement. La stabilisation doit commencer par une négociation habile avec les créanciers internationaux. Nos partenaires techniques et financiers peuvent convenir que le Sénégal ne peut pas rembourser sa dette au détriment de sa propre croissance[6]. Ils pourraient donc accepter des mécanismes tels que la mise en place de moratoires, des rééchelonnements de la dette et, pourquoi pas, des conversions de notre dette en investissements[7]. Pour y parvenir, il est impératif de rassurer les marchés, les bailleurs et surtout le FMI et les agences de notation. Le ministre des Finances semble s’y atteler en communiquant sur sa stratégie de rassurer les bailleurs et les partenaires financiers en leur présentant il y a une semaine les mesures correctives et les réformes d’ores et déjà mises en œuvre ou envisagées, par le gouvernement, pour renforcer la gestion des finances publiques. Dans cette démarche, il faut rappeler qu’il est essentiel de convaincre les agences de notation, car elles jouent un rôle déterminant dans la perception des marchés financiers. Les notes de Moody’s et S&P Global Ratings qui viennent de dégrader notre note souveraine (respectivement B3 et B avec des perspectives négatives) influencent directement les conditions d’emprunt de notre pays, notamment les taux d’intérêt et la confiance des investisseurs. Mais derrière ces agences rappelons qu’il y a aussi l’influence du Fonds Monétaire International (FMI), dont les évaluations et les recommandations sont largement prises en compte par les agences. En raison de son expertise avérée sur nos pays et de ses recherches économiques scientifiquement crédibles[8].
L’un des éléments clés à comprendre est que le problème n’est pas la dette en soi, mais la trajectoire de croissance qui l’accompagne. Le Sénégal peut contracter de nouveaux emprunts tant qu’il est en mesure de démontrer que cet argent sera utilisé pour stimuler la croissance et accroître le PIB. En d’autres termes, la priorité n’est pas de freiner la dette à tout prix, mais plutôt de s’assurer que le PIB (le dénominateur du ratio dette/PIB) croît plus rapidement que la dette elle-même. C’est pourquoi il est crucial de présenter un plan sur un horizon de trois années, de retour à la normale aux agences de notation. Ce plan doit être cohérent et montrer comment les investissements que le gouvernement veut réaliser permettront d’augmenter la production et les revenus futurs du pays[9]. Même si ces investissements nécessitent un endettement supplémentaire à court terme, ils doivent être justifiés par une perspective de croissance qui, à terme, réduira mécaniquement le poids de la dette dans l’économie[10].
Les agences de notation ne jugent pas seulement la situation actuelle d’un pays, mais surtout sa trajectoire et sa capacité à honorer ses engagements à l’avenir. Dès lors que notre pays démontre une dynamique positive, sa perspective de notation s’améliorera, ce qui se traduira par une baisse des taux d’intérêt, un allongement des maturités de remboursement et une marge budgétaire accrue pour financer son économie[11]. La clé pour restaurer la confiance du FMI, des agences de notation et des investisseurs n’est pas de limiter la dette, mais de démontrer via un plan d’actions une trajectoire de croissance solide et crédible[12].
Dans le même temps, il faut éviter l’effondrement de la demande intérieure. L’économie sénégalaise repose largement sur une fiscalité basée sur la consommation, la TVA représentant près de 50 % des recettes fiscales. La TVA est la principale ressource du pays. Une baisse brutale du pouvoir d’achat entraînerait donc une diminution des recettes, aggravant encore le déficit budgétaire. Plutôt que de réduire les dépenses de manière indiscriminée, l’État doit cibler ses ajustements budgétaires en supprimant les dépenses de prestige, en rationalisant les agences publiques et en éliminant les dépenses improductives de fonctionnement. Il doit également soutenir les ménages fragiles à travers des mécanismes tels que le renforcement et l’élargissement des bourses familiales. Le gouvernement devra aussi poursuivre les efforts entamés pour réduire les prix des produits de première nécessité. Ceci aidera les ménages les plus modestes à supporter les périodes difficiles en attendant les premiers résultats du choc de confiance préconisé.
Les pays comme les nôtres ne peuvent se développer sans infrastructures modernes et compétitives. C’est pourquoi la relance ne peut être envisagée sans une stratégie d’investissement clairvoyante. L’État, disposant de marges de manœuvre budgétaires limitées, doit mobiliser le secteur privé à travers des partenariats public-privé (PPP) et l’intervention du Fonds Souverain d’Investissements Stratégiques (FONSIS) ainsi que de l’Agence de Promotion des Investissements et Grands Travaux (APIX), pour alimenter l’économie grâce aux nouvelles recettes issues du pétrole, du gaz et de l’or. Ce mécanisme permettrait d’assurer la poursuite des projets d’infrastructures essentiels, tels que l’extension du réseau du Train Express Régional (TER), du Bus Rapid Transit (BRT) et la réalisation dans les délais du port de Ndayane, tout en limitant l’impact sur le budget public via les mécanismes de dettes classiques. Ces efforts nécessiteront des mesures exceptionnelles, comme la suspension temporaire de la loi du 19 avril 2022 encadrant la gestion et la répartition des revenus issus de l’exploitation des hydrocarbures, pour une période de deux ans, le temps de faire face à notre situation budgétaire critique.
L’avenir économique du Sénégal repose sur des secteurs stratégiques tels que l’exploitation des minerais[13] (or, phosphates, zircon et ilménite) du pétrole et du gaz, les énergies renouvelables, le numérique, ainsi que des secteurs historiques comme le tourisme, l’artisanat, la culture et l’agriculture à haute valeur ajoutée, avec en support l’émergence du secteur de l’intelligence artificielle. Mais pour attirer les investisseurs, il faut plus que de simples incitations fiscales : un environnement des affaires stable, transparent et prévisible est essentiel.
Enfin, le succès de cette relance repose sur une transparence absolue[14] du gouvernement dans la gestion des comptes publics. Il ne suffit pas de prendre de bonnes décisions, encore faut-il les expliquer et les faire accepter.
Chers compatriotes, le Sénégal n’est pas en faillite, mais il traverse une crise sérieuse. Nous vivons une tension de trésorerie, suivie de l’abaissement de notre notation souveraine par les agences de notation. Toute crise peut être surmontée du moment où le pays dispose d’un leadership politique éclairé, de discipline et d’une vision de long terme. Aujourd’hui, l’opportunité est là : transformer cette crise en un tournant décisif pour le développement national. Pour cela, nous devons oser un choc de confiance, redonner aux citoyens et aux investisseurs une perspective claire et mettre en œuvre des réformes courageuses. Ce n’est pas une option, c’est une nécessité.
Pour le Think Tank IPODE
Abdoul Aziz Wane, Sénior consultant en Finance &
Mohamed LY – Président Think Tank IPODE
[1] Reinhart & Rogoff, dans This Time Is Different: Eight Centuries of Financial Folly (2009
[2] Paul De Grauwe, dans The Economics of Monetary Union (2020)
[3] Blanchard & Leigh, dans leur rapport du FMI Growth Forecast Errors and Fiscal Multipliers (2013)
[4] Banerjee & Duflo, dans Good Economics for Hard Times (2019)
[5] Piketty, dans Capital et Idéologie (2019)
[6] Wissem Ajili, La gestion de la dette publique selon les approches économique, institutionnelle et financière, 2015.
[7] Jean-Claude Masangu Mulongo, Dette publique extérieure et croissance économique en RDC, 2018.
[8] FMI, Finances & Développement : L’impact des agences de notation sur les économies émergentes, 2016.
[9] Banque Mondiale, Sénégal Economic Update – Boosting Productivity for Accelerated Growth, 2023.
[10] Ha-Joon Chang, Kicking Away the Ladder: Development Strategy in Historical Perspective, 2002.
[11] Thomas Piketty, Capital et Idéologie, 2019.
[12] FMI, Sustainable Debt and Growth Strategies for Emerging Economies, 2022.
[13] En 2022, les revenus extractifs du Sénégal ont atteint 275,33 milliards de FCFA (environ 419,7 millions d’euros), avec le secteur minier représentant 85,61 % de ce total, soit 235,71 milliards de FCFA (environ 359,3 millions d’euros). Selon https://www.teamfrance-export.fr/fiche-marche/infrastructures/mines/SN
[14] Tanzi & Schuknecht, dans Public Spending in the 20th Century (2000)
Raffinage de notre pétrole par la SAR : un bond en avant qualitatif pour le Sénégal
Depuis ce vendredi 6 février, la Société Africaine de Raffinage (SAR), fondée en 1961, a franchi une étape historique en raffinant, pour la première fois, du pétrole brut extrait d’un gisement national. Jusqu’à présent, la SAR traitait exclusivement du pétrole importé. Désormais, le brut national sera transformé en produits finis à destination du marché local, marquant ainsi un tournant décisif pour nos stratégies énergétiques, industrielles ainsi que pour notre balance commerciale.
Rappelons que le Nigeria, premier producteur de pétrole d’Afrique, exploite son pétrole depuis 1958. Cependant, il n’a commencé à raffiner de manière significative que très récemment, notamment avec la mise en service de la raffinerie Dangote en octobre 2024. Des décennies durant, ce paradoxe a empêché l’économie du Nigeria de tirer pleinement profit de ses ressources pétrolières, rendant le pays vulnérable aux fluctuations des cours mondiaux et aux crises de devises. En effet, l’absence d’infrastructures de raffinage suffisantes obligeait le pays à exporter son brut, puis à réimporter des produits raffinés à un coût bien plus élevé, ce qui pesait lourdement sur sa balance commerciale, fragilisait sa monnaie et impactait négativement son économie.
Il ne suffit pourtant pas d’avoir contourné cet écueil pour crier victoire. La réussite de cette première étape ne doit pas nous faire perdre de vue les défis qui restent à relever pour pérenniser cet acquis et éviter d’autres déséquilibres structurels dans notre secteur énergétique.
Le Gabon, autre pays producteur de pétrole, a quant à lui lancé son industrie pétrolière en 1961. Sa principale raffinerie, la SOGARA, ne traite qu’une fraction de la production nationale, obligeant le pays à dépendre d’importations coûteuses en devises pour couvrir ses besoins internes. Face à cette réalité, le Gabon a récemment envisagé la construction d’une nouvelle raffinerie d’une capacité de 700 000 tonnes par an, dans l’objectif de réduire sa dépendance aux importations et d’améliorer sa souveraineté énergétique.
C’est en cela que le Sénégal réalise une avancée majeure en mettant en place, dès le début de son exploitation pétrolière, un circuit de raffinage local. Contrairement au Nigeria et au Gabon, qui ont longtemps peiné à valoriser leur production, nous évitons by design ces écueils en ayant mis en place une capacité de raffinage suffisante, adaptée à nos besoins.
S’ouvre alors un boulevard d’opportunités pour notre économie nationale. En réduisant notre dépendance aux importations de carburants et de produits pétroliers raffinés, nous stabilisons, tout au moins, considérablement notre balance commerciale et notre balance des paiements, tout en réduisant nos besoins en devises pour les importations. Cela se traduit non seulement par des revenus supplémentaires pour l’État grâce aux taxes et aux exportations, mais aussi par la création d’emplois directs et indirects, par une dynamique d’investissement favorisant le développement d’une chaîne de valeur locale autour du raffinage et de la distribution des produits pétroliers. Ainsi, le Sénégal entre dans une nouvelle ère où l’exploitation de nos ressources énergétiques contribue directement au développement économique et social du pays.
Cependant, il est essentiel que l’État demeure vigilant pour éviter de reproduire les erreurs observées ailleurs. Après avoir évité le cas nigérian, où l’absence d’infrastructures de raffinage suffisantes a conduit à une dépendance aux importations de produits pétroliers, nous devons veiller à ne pas tomber dans une situation similaire à celle du Gabon. Ce pays, malgré sa production pétrolière, n’a pas su ajuster dynamiquement sa capacité de raffinage à ses besoins énergétiques locaux, le rendant ainsi dépendant des importations pour satisfaire sa demande intérieure. Il est donc crucial de monitorer et d’ajuster en permanence la capacité de la SAR à nos besoins énergétiques nationaux. Cela implique une évaluation continue de la production et de la demande, ainsi qu’une planification stratégique pour anticiper les évolutions du marché énergétique. Nous encourageons les autorités à travailler dans ce sens. Car la capacité de raffinage actuelle de la SAR est de 1,5 million de tonnes alors que nos besoins se chiffrent à environ 3 millions de tonnes par an. Aussi, la SAR envisage de créer un deuxième site de raffinage avec une capacité additionnelle de 4 millions de tonnes annuel, portant ainsi la capacité totale à 5,5 millions de tonnes. Contrairement au syndrome gabonais, cette expansion accompagnée d’un switch de nos centrales du Oil to power vers le Gas to power permettra non seulement de satisfaire la demande nationale, mais aussi d’explorer des opportunités d’exportation vers les marchés régionaux.
De manière similaire, l’intégration de la stratégie « Gas to Power » est tout aussi primordiale. Cette initiative, qui vise à utiliser le gaz naturel domestique pour la production d’électricité, réduira ainsi notre dépendance aux combustibles importés et contribuera à une production énergétique plus propre et plus efficace. En optimisant l’utilisation de nos ressources gazières pour la génération d’électricité, nous pouvons non seulement répondre à la demande énergétique croissante, mais aussi soutenir le développement économique du pays en fournissant une énergie plus abondante, plus régulière et plus compétitive pour les industries locales. Cependant, il est important de noter que le développement de la capacité de conversion du gaz en électricité doit être équilibré avec les plans relatifs aux énergies renouvelables, afin d’assurer une expansion optimale et durable du secteur énergétique.
Ces avancées ne sont cependant qu’un premier jalon sur la route de notre autonomie énergétique. Il est impératif de poursuivre ces efforts afin de garantir une sécurité et une maîtrise totales de nos approvisionnements. La structuration d’un secteur énergétique robuste et souverain nous permettra non seulement d’exporter nos excédents électriques à un prix compétitif vers nos voisins, mais aussi d’accroître la valeur ajoutée nationale en développant des unités de transformation dans des domaines stratégiques tels que la chimie, la pétrochimie et l’agroalimentaire.
En définitive, la gestion proactive et stratégique de nos capacités de raffinage, combinée à une mise en œuvre judicieuse de la stratégie « Gas to Power », n’est qu’une première étape qui permettra au Sénégal de renforcer sa souveraineté énergétique, d’équilibrer sa balance commerciale et de poser les bases de son industrialisation. Le véritable enjeu consistera à mettre en place des mesures incitatives de nature à favoriser des investissements endogènes fléchés vers des unités de transformation à forte valeur ajoutée, notamment dans les secteurs de la production énergétique, de la chimie, de la pétrochimie, de la pharmacie et de l’agroalimentaire. Notre position géographique, la qualité de nos ressources humaines ainsi que notre sens inné de l’innovation nous ouvrent d’innombrables perspectives qui nous permettront de stimuler notre développement économique au bénéfice de nos concitoyens.
Mohamed LY
Président Think Tank IPODE
Pour le Think Tank IPODE
Les revenus actuels du pétrole ne sont pas suffisants pour combler le déficit budgétaire. Ils pourraient réduire une petite partie de ce déficit, mais le Sénégal resterait dépendant d’autres sources de financement et de réformes budgétaires pour atteindre un équilibre budgétaire viable. Avec ce cadre macroéconomique, il serait difficile d’atteindre une souveraineté économique. Un pays qui n’arrive pas à financer ses dépenses budgétaires par ses propres moyens ne dispose pas de la liberté de choix nécessaire dans ses politiques économiques et sociales. En l’absence de cette capacité, il devient souvent dépendant des prêts, aides et financements extérieurs, qui viennent généralement avec des conditions et des exigences spécifiques en termes de réformes structurelles, de mise en place de politique d’austérité budgétaire, etc.
Depuis le début de l’exploitation de notre pétrole, le Sénégal a produit 8,17 millions de barils entre juin et septembre 2024 dans le cadre du projet Sangomar, avec une production journalière moyenne d’environ 66 885 barils par jour. Toutefois, Sangomar est un champ où l’on exploite quasiment que du pétrole brut. En revanche, le champ gazier Grand Tortue Ahmeyim (GTA) présente un très fort potentiel. À cela s’ajoutent les champs gaziers Yakaar et Teranga, dont l’exploitation est prévue dans un futur très proche. La combinaison des champs GTA, Yakaar et Teranga représente un potentiel énorme de gaz, faisant du Sénégal un pays plus gazier que pétrolier.
Comparaison avec les grands producteurs africains
Ainsi, la production pétrolière du Sénégal est relativement faible en Afrique, comparativement aux principaux acteurs comme le Nigeria, premier producteur africain, avec une production quotidienne variant entre 1,2 et 1,5 million de barils en 2024. L’Angola et l’Algérie ayant une production d’environ 1 million de barils par jour. Ces chiffres montrent que notre production reste nettement inférieure à celle des grands producteurs africains. Toutefois, cette entrée dans le secteur pétrolier fait du Sénégal un producteur émergent. Ce statut pourrait évoluer si les réserves et la production augmentent dans les années à venir.
Potentiel de réduction du déficit budgétaire : Comment mieux assumer notre objectif de souveraineté
Nous devons maintenant nous interroger : ce niveau de production peut-il nous aider à combler notre déficit budgétaire et à renforcer notre souveraineté économique ?
Le déficit budgétaire du Sénégal est estimé à environ 940,2 milliards de FCFA. Avec un prix moyen du pétrole à 85 USD par baril et un taux de change de 620 FCFA pour 1 USD, la production de 8,17 millions de barils en quatre mois génère des revenus totaux d’environ 429,7 milliards de FCFA. Toutefois, seuls 10 % de ces revenus reviennent directement au Sénégal, hors recettes fiscales. En considérant ces paramètres, les revenus pétroliers ne couvriraient qu’environ 13,7 % du déficit budgétaire.
Cependant, la stratégie de répartition des recettes pétrolières et gazières adoptée par l’État repose sur trois grands axes :
- 90 % des recettes d’hydrocarbures sont affectées au budget général, pouvant être allouées aux investissements prioritaires, au service de la dette et à certaines dépenses courantes hors personnel.
- 10 % des recettes d’hydrocarbures sont affectées au Fonds Intergénérationnel, destiné à constituer une épargne pour les générations futures.
- Tout éventuel surplus de recettes est affecté au Fonds de Stabilisation, servant à se prémunir contre la volatilité des prix des hydrocarbures.
De plus, l’État ne bénéficie pas seulement du profit oil, qui représente entre 10 % et 20 % du partage des bénéfices. Il perçoit également :
- Les redevances annuelles sur l’exploitation des champs par les opérateurs,
- La part de PetroSen sur le Profit Oil, PetroSen représentant l’État,
- L’impôt sur les sociétés payé par les opérateurs en fin d’exercice.
Il est souvent estimé que le cumul de toutes ces recettes peut permettre à l’État de capter jusqu’à 60 % de la recette totale générée par un baril de pétrole ou par un mètre cube de gaz.
Apprendre des expériences internationales – Le cas hollandais
L’expérience des Pays-Bas, connue sous le nom de syndrome hollandais, illustre bien les risques d’une dépendance excessive aux ressources naturelles. Dans les années 1960, la découverte de vastes réserves de gaz naturel a entraîné une prospérité rapide, mais cette manne a freiné le développement des autres secteurs économiques. Cette vulnérabilité a conduit à une instabilité économique, illustrant la nécessité pour le Sénégal de diversifier son économie.
Nos ressources pétrolières et gazières doivent être gérées avec prudence pour éviter ce piège. Elles ne peuvent remplacer le travail, l’investissement dans l’éducation, la technologie et l’agriculture, qui sont les véritables moteurs d’une croissance durable.
En conclusion, l’entrée du Sénégal dans le secteur pétrolier est une opportunité, mais elle doit être abordée avec humilité et une stratégie à long terme. Notre réussite repose sur notre capacité à diversifier l’économie, à investir dans le capital humain et à bâtir des industries solides, créatrices d’emplois et indépendantes des fluctuations des prix du pétrole.
Si le pétrole est une chance, le véritable levier de notre développement reste le travail et l’effort collectif. C’est cela qui améliorera la qualité de vie de tous nos compatriotes et fera de notre pays une véritable nation émergente.
Législatives du 17 novembre : une nouvelle configuration politique en gestation
La dissolution du parlement : une opportunité politique pour de nouvelles alliances
Le paysage politique sénégalais continue de se reconfigurer à l’approche des élections législatives du 17 novembre prochain. Parmi les derniers bouleversements, la création de la coalition « Saam sa Kaddu/Sauver le Sénégal », regroupant le PRP de Déthié Fall, le PUR de Serigne Moustapha Sy, Khalifa Sall et Barthélémy Dias de Taxawu Sénégal, Pape Djibril Fall et Anta Babacar Ngom, se fait remarquer. Ce départ significatif de Yewwi Askan Wi, une des grandes forces de l’opposition de la dernière législature, annonce une nouvelle ère pour les forces en présence.
À moins de six mois d’une élection présidentielle qui a vu un changement de pouvoir, la dissolution du parlement par le président de la République a ouvert la voie à de nouvelles stratégies. Ce nouveau calendrier républicain offre aux forces politiques la possibilité de renouveler le jeu politique. En effet, de nombreuses formations et coalitions voient cette législative anticipée comme l’occasion idéale pour proposer des programmes novateurs et répondre aux attentes pressantes des citoyens.
La coalition « Saam sa Kaddu/Sauver le Sénégal » n’a pas tardé à afficher ses ambitions. Se positionnant dans l’opposition, cette coalition affirme vouloir instaurer une cohabitation au sein de l’exécutif, pour garantir un équilibre des pouvoirs et une meilleure gouvernance. Leurs leaders ont clairement exprimé leur désaccord avec les orientations du président Diomaye Faye et de son Premier ministre Ousmane Sonko, tout en se préparant à offrir des politiques publiques alternatives.
Le clap de fin de Yewwi Askan Wi
La disparition de Yewwi Askan Wi semble aujourd’hui inéluctable. Lors du tirage au sort des 49 partis et coalitions participant aux législatives de novembre, aucune trace de cette coalition n’a été constatée. Cet effacement marque la fin d’une ère et ouvre la porte à de nouvelles configurations politiques. La question demeure : que répondent ces nouvelles dynamiques politiques ? Quels sont les moteurs de cette recomposition ?
Une mobilisation électorale sous haute incertitude
Il est encore trop tôt pour tirer des conclusions sur l’impact de ces reconfigurations sur le résultat final des élections. Cependant, une analyse rétrospective nous permet d’identifier certains éléments clés. Lors de la présidentielle de mars 2024, la défaite du camp de Macky Sall avait été perçue comme inévitable. Ce vote « utile » contre le pouvoir avait principalement bénéficié à Pastef, représentant l’opposition radicale, tandis que les autres candidats s’étaient effondrés. Aujourd’hui, après avoir évincé Macky Sall, une nouvelle dynamique électorale se met en place.
La coalition « Saam sa Kaddu/Sauver le Sénégal », forte de ses nouveaux leaders, espère capter une partie du mécontentement actuel. Bien que Pastef semble prêt à obtenir une majorité confortable pour poursuivre ses réformes, il ne faut pas sous-estimer la capacité de cette nouvelle coalition à créer la surprise.
Les risques internes : le talon d’Achille des nouvelles coalitions
Toute coalition, aussi ambitieuse soit-elle, court toujours le risque de tensions internes. Des querelles d’ego lors de la constitution des listes départementales et nationales ont affecté la cohésion de « Saam sa Kaddu/Sauver le Sénégal » du coté de Taxawu avec le retrait de Moussa Tine Président du parti Pencoo, des députés Sanou Dione et XX qui soutiennent ouvertement le Pastef. Ces dissensions qui ont éclaté avant même le début de la campagne, elles pourraient compromettre la dynamique victorieuse nécessaire à un résultat satisfaisant. Toutefois, si la coalition réussit à surmonter ces défis, elle pourrait se positionner comme une force incontournable lors des prochaines élections.
Une pérennité incertaine
Quant à la pérennité de cette coalition, elle dépendra des résultats des législatives. Si elle parvient à remporter une majorité, elle aura probablement une durée de vie d’au moins deux ans, jusqu’à une éventuelle nouvelle dissolution de l’Assemblée nationale. Cependant, si elle échoue, son avenir restera incertain, et elle pourrait suivre le même chemin que Yewwi Askan Wi, en disparaissant sous le poids de nouvelles dynamiques politiques.
Pastef : une machine politique bien huilée
Depuis son triomphe inattendu lors de la présidentielle, Pastef reste dans une dynamique de victoire. Son défi principal ne réside pas tant dans la lutte contre ses adversaires, mais plutôt dans la capacité à maintenir la confiance des Sénégalais en ses promesses de changement. Fort de son capital politique, Pastef pourrait, comme le PS et l’APR en leur temps, maintenir une domination électorale en consolidant sa majorité et en absorbant ses anciens alliés.
Réflexion sur nos pratiques politiques actuelles
Les récents bouleversements dans le paysage politique sénégalais appellent à une réflexion plus profonde sur nos pratiques actuelles. Il y a moins de six mois, si un second tour avait eu lieu lors de la présidentielle, la quasi-totalité des candidats se serait probablement ralliée à Pastef. Aujourd’hui, la plupart de ces mêmes candidats se trouvent dans l’opposition. Si le pouvoir avait tendu la main à ces forces politiques, il est fort probable qu’elles auraient soutenu Pastef par solidarité.
Aucune des formations politiques de la mouvance présidentielle ne remet en cause l’hégémonie de Pastef, acceptant de passer du statut d’allié à celui de « porté » sur les listes de ce parti. Ces pratiques ne répondent plus aux attentes des Sénégalais. La population attend de ses dirigeants qu’ils dépassent l’opposition systématique et le soutien inconditionnel pour se concentrer sur l’intérêt général. Il est grand temps que nos acteurs politiques révisent leurs pratiques et se hissent à la hauteur des exigences des citoyens, qui sont bien souvent en avance sur leurs élites politiques.
Vers une démocratie sénégalaise plus mature
Au-delà de ces constats, nous espérons que les législatives anticipées permettront d’avoir une lecture plus claire des forces politiques en présence. En suivant attentivement les propositions et réformes soumises lors de cette campagne, il sera possible de dégager des points de consensus au sein de la classe politique. Une fois ces consensus établis, des réformes pourraient être adoptées à l’unanimité, quel que soit le résultat de ces législatives. Il est temps pour nos leaders de sortir de la logique binaire pouvoir/opposition et de travailler ensemble sur les grandes questions qui touchent le pays. Ce serait une excellente nouvelle pour la démocratie sénégalaise.
Mohamed LY, Président du Think Tank IPODE
La législature en cours au Sénégal est sans doute l’une des plus critiquées de l’histoire du pays. De l’obtention fragile de sa majorité à la remise en question permanente de sa légitimité, cette Assemblée nationale n’a cessé de décevoir. Dès ses débuts, son installation a donné lieu à des images choquantes et désespérantes pour la réputation du Sénégal. En pleine séance d’installation, la gendarmerie a même été appelée à intervenir à l’intérieur de l’hémicycle, un acte sans précédent qui a été orchestré avec l’aval du nouveau Président de l’Assemblée, élu dans des circonstances controversées de trahison de sa tête de liste nationale, favorisant les intérêts de l’ex première dame, de la famille et des copains au détriment de l’intégrité institutionnelle.
L’opposition entre majorité et minorité n’est pas nouvelle dans le paysage politique sénégalais, mais l’incursion de l’armée pour réguler les débats représente un recul inquiétant. Cette situation a mis en lumière les failles de cette législature, composée de 165 députés qui ont été incapables de respecter les principes fondamentaux de la démocratie par le dialogue et le consensus.
L’élément le plus troublant de cette Assemblée est sans doute son rôle potentiel comme instrument consentant des ambitions du Président Macky Sall, qui, à la fin de son deuxième mandat, semblait prêt à plonger le pays dans le chaos. Si le Conseil constitutionnel n’avait pas freiné ses desseins, le Sénégal aurait pu connaître des troubles sociaux majeurs. Les membres de la majorité, en alliance avec les députés du Parti Démocratique Sénégalais (PDS), ont tenté de discréditer le Conseil Constitutionnel, cherchant à reporter l’élection présidentielle et à prolonger le mandat présidentiel au-delà de sa date de fin initiale, le 2 avril 2024.
Le lundi 5 février, ils sont même allés jusqu’à voter une loi prolongeant de fait le mandat du Président de la République jusqu’au 15 décembre 2024. Cette initiative, immédiatement annulée par le Conseil Constitutionnel par suite d’un recours de l’opposition, aurait pu avoir des conséquences désastreuses. Sans cette intervention décisive de l’institution judiciaire, Macky Sall pourrait encore être au pouvoir aujourd’hui, avec une crise politique aggravée par le prolongement de la liste des dizaines de morts de jeunes qui se seraient opposés à ce coup de force.
Mais ce n’est pas tout. Cette même majorité de l’Assemblée nationale a voté une loi d’amnistie, un texte inique et honteux, visant à couvrir tous les actes d’assassinat et de liquidation politique supposément orchestrés par l’ancien pouvoir de Macky Sall, incluant sa famille dit-on, et certains ténors du défunt pouvoir. Une loi qui n’a fait qu’intensifier le sentiment d’injustice et de frustration au sein de la population.
Face à ces manquements graves, cette Assemblée ne mérite ni compassion, ni défense, même dans le cadre de procédures qui pourraient être discutables en d’autres circonstances. Elle doit simplement disparaître, tout comme son ancien Président, Macky Sall. Le peuple sénégalais n’est pas fier des actes posés par cette majorité et certains membres radicaux de l’opposition au cours de cette législature.
Le 12 septembre prochain est une date clé : une opportunité pour que cette Assemblée soit dissoute, si le Président Bassirou Diomaye Faye en décide ainsi. Nous le soutenons dans cette démarche essentielle, à la fois pour restaurer la démocratie et garantir la paix sociale.
Il est essentiel de rappeler qu’un Parlement n’a pas pour vocation de soutenir systématiquement le Président de la République en place, mais de défendre l’intérêt général de la nation. La prochaine Assemblée nationale devra impérativement se concentrer sur la défense de cet intérêt général, plutôt que de servir les intérêts particuliers de certains groupes ou individus. Les députés doivent se rappeler que leur devoir premier est envers le peuple et non envers des alliances politiques ou des ambitions personnelles.
Mohamed LY Président Think Tank IPODE
Sénégal : Réduction du train de vie de l’Etat et suppression du HCCT et du CESE
Nouveau pouvoir au Sénégal, les appels à candidature : une fausse bonne nouvelle
Nominations dans le gouvernement du Président Bassirou Diomaye : Faire fonctionner l’ascenceur social de nouveau
La nomination de Madame Sophie Nzinga Sy à la tête d’une direction générale d’agence suscite une interrogation cruciale : dispose-t-elle des compétences managériales et du leadership nécessaires pour ce poste ? Son parcours universitaire et professionnel semble légitimer son profil. Elle a developpé un leadership certain sur ce domaine pour pouvoir inspirer la confiance du chef de l’Etat pour cette nomination. Toutefois, il est essentiel de ne pas réduire cette question à sa seule personne, mais de l’examiner dans le contexte plus large de l’actualité nationale. Le gouvernement en place, issu de la majorité Pastefienne, avait promis d’éradiquer le népotisme et le clanisme, des pratiques qui ont marqué les régimes précédents. Cette promesse a suscité de grandes attentes, notamment parmi les jeunes, qui espéraient voir l’ascenseur social républicain fonctionner à nouveau.
Les nominations perçues comme népotiques ont donc provoqué des remous et des frustrations. Les jeunes et moins jeunes, ayant contribué à la montée au pouvoir de la coalition présidentielle, attendaient des nominations basées sur la méritocratie et, dans leur entendement, le mérite intellectuel et l’oppression vécue sous Macky Sall sont les seuls deux faits d’armes à coordonner pour mériter de porter le projet. Pour preuve, si Amy Dia, détenue de juillet 2022 à mars 2024 dans l’affaire dite des « Forces spéciales », était fille ou nièce d’un quelconque ministre ou dignitaire du régime et nommée au même poste, cela ne poserait aucun problème au sein de l’opinion. La base du Pastef reconnaissant à Amy Dia une légitimité historique sacrificielle que n’a pas Sophie Nzinga Sy malgré le mérite de cette dernière sur le papier.
L’idée donc que certaines nominations puissent encore dépendre de relations familiales, telles que le fait d’avoir un des parents qui soit ministre ou un oncle haut fonctionnaire, ou haut gradé, ravive chez certains jeunes le sentiment de plafond de verre social, contre lequel ils se sont battus avec véhémence et détermination jusqu’à y avoir laissé des vies. Pour maintenir la légitimité et la confiance du peuple, il est crucial que le nouveau pouvoir explique clairement ses choix de nominations et mette en avant le mérite sous tous ses aspects. Le fait pour le nouveau régime de rappeler que les anciens régimes pratiquaient également le népotisme pour se justifier est une faute politique ; il faut démontrer une rupture nette avec ces pratiques, c’est là où le peuple les attend. Cela inclut la transparence dans les processus de sélection pour les postes de haute responsabilité. L’histoire offre des exemples de réformes réussies, telles que celles menées par Abd Al-Malik Ibn Marwan après la seconde Fitna vers 685. En remplaçant les Achraf par des personnes compétentes, en instaurant l’arabe comme langue officielle du royaume, en créant une nouvelle monnaie et en construisant des infrastructures majeures, il réussit à pérenniser le Califat Omeyyade qui déclinait. Ces réformes ont mis fin aux nominations basées sur les liens tribaux, créant ainsi une révolution culturelle, monétaire, infrastructurelle et de gouvernance.
Les Sénégalais attendent de leur gouvernement des réformes de cet acabit pour hisser le Sénégal très haut dans le concert des nations en Afrique et dans le monde. Ils veulent que le nouveau pouvoir garantisse l’équité et l’efficacité dans les nominations aux postes politiques, car occuper ces postes reste un sacerdoce et un honneur pour tout patriote. Une telle approche renforcerait la confiance du peuple et montrerait un véritable engagement envers les principes de gouvernance démocratique, de transparence et de mérite.
Mohamed LY
Ce débat sur le voile est inflammable mais il merite des échanges sérieux , de l’ecoute et surtout beaucoup de rigueur et de clairvoyance dans nos prises de position
Nulle flatterie et nulle exclusion !
Si on procéde par principe et par définition on comprendra trés vite les enjeux et il sera facile de se faire son idée sans parti pris religieux et surtout sans faiblesse coupable.
Le voile musulman à l’ecole: nul ne peux l’interdire dans les écoles qui ne sont pas confessionnelles, du moment où la loi l’autorise.
Le tout est dans le mot « confessionnel »
Les écoles coraniques avec une partie d’enseignement généraliste sont d’abord des écoles confessionnelles au premier sens du terme. Il n’est pas envisageable de voir une famille chrétienne y inscrire sa fille. Et aucune ecole coranique (ou franco-arabe) n’envisage d’accepter une chrétienne une fille juive, une athée ou une laïque.
Tandis que les « écoles privées catholiques » sont des écoles généralistes avec un fond de catéchisme qui est optionnel. Ils acceptent les musulmans et toutes les confessions… ils acceptent des juives et des athées aussi.
Et voici toute la difference ! Les écoles confessionnelles trient à l’entrée et ceci est accepté dans les grandes démocraties…
Et les autres écoles généralistes, mixtes meme si elles ont un fond religieux, comme les maristes ou Jeanne d’Arc, acceptent toutes les confessions. Et donc ils doivent respecter tous les comportements découlant des confessions de leurs élèves. Surtout que, contrairement à la France, au Senegal la laïcité est inclusive. Le port du voile n’est pas interdit aux jeunes filles dans l’enseignement général.
C’est pour cela, je pense, que les écoles généralistes communément appelées « écoles catholiques » au Senegal, ne peuvent sous le prétexte d’être appelé catholique, nous imposer dans ce pays le bannissement du port du voile islamique tant que l’Etat ne le decide pas par une loi.
Pour ceux qui suivent les debats sur les signes religieux en France. Personne ne pose le cas des ecoles Juives. Car ne s’y retrouvent que 100% de juifs.Pareil pour des ecoles catho, et le voile est admis dans les rares écoles « musulmanes » comme la kippa (signe religieux ostentatoire) est admise dans les écoles juives et sans que ça ne pose un problème. Le debat se pose pour l’ecole de la republique ou les ecoles recevant des subventions publiques meme si elles sont historiquement appelé « écoles catholiques » par délégation de service publique.
Avant dernier point : Je ne vois pas comment dans les ecoles catholiques sénégalaises où les « soeurs » sont voilées de facon ostentatoire, les jeunes filles se voient retirées le même voile (islamique) alors qu’elles bénéficient de la subvention publique. La règle qui norme la Republique devrait s’y appliquer.
Dernier point: Je suis convaincu de la nécessité d’une vie harmonieuse entre les communautés et les religions dans notre pays.
J’ecris sur ce sujet pas pour rajouter à la polémique, mais pour partager, ma lecture des choses basée sur les principes de la République. J’ai beaucoup de respect pour l’education catholique dans les ecoles catholiques de notre pays. Leur micité sociale, religieuse et ethnique force le respect. Mon respect pour la communauté catholique est grande et sacrée. Et je pense que notre Republique est le socle de notre vivre ensemble et je demande à toutes les communautés et tous les citoyens à se soumettre aux regles communes de la République.
Quand un jour une école catholique assume son coté confessionnelle au Sénégal et n’accepte que des chrétiens . Je me battrais à leurs cotés pour que le voile musulman y soit interdit, tout en y gardant le voile chretien.
Je m’y engage !
Sans cela, interdire le voile musulman serait de l’islamophobie. Et il serait dangereux de cultiver l’islamophobie dans un pays composé à plus de 90% de musulmans. Sur ce point le parallele avec la France ne fait pas sens car les lois sont différentes dans les deux pays. @à la une
A la prochaine élection présidentielle du 25 Février 2024, le président sortant Macky Sall ne se représentera pas. Il sera le premier Président sortant à qui incombe l’organisation de l’élection. Il en a fait l’annonce hier soir Lundi 3 Juillet 2023. Pour la première fois dans l’histoire du Sénégal nous aurons donc une présidentielle où le Président sortant ne prendra pas part. Le Sénégal gravera cette date en lettre d’or. Les enjeux autour d’une troisième candidature de Macky Sall étaient sérieux car les conséquences d’une déclaration de candidature auraient pu être désastreuses pour la paix et pour notre situation économique et sociale. Il est vrai que les débats et les enjeux entourant une éventuelle troisième candidature de Macky Sall au Sénégal ont été significatifs et ont suscité des préoccupations au sein de la société. Les conséquences d’une telle déclaration de candidature auraient pu avoir des répercussions sur la stabilité politique, économique et sociale du pays.
Sur le plan politique, une troisième candidature de Macky Sall aurait pu générer des tensions et des contestations au sein de l’opposition et de la société civile. Certains acteurs politiques pourraient percevoir cela comme une violation des limites constitutionnelles sur les mandats présidentiels et remettre en question la légitimité du processus électoral. Cela aurait pu créer des divisions et une polarisation accrue au sein de la société. Si le Président Macky Sall avait présenté sa candidature nous aurions certainement eu de nouveaux troubles, suivis peut-être de l’abaissement de la note du Sénégal. La qualité de notre signature en serait impactée. L’incertitude politique aurait découragé les investisseurs et affecté la croissance économique. De plus, cela aurait pu détourner l’attention des questions économiques et sociales essentielles, retardant ainsi les réformes et les politiques nécessaires pour stimuler le développement. Cette perception négative de nos partenaires extérieurs aurait porté un coup dur à l’attractivité de notre pays dans la sous-région. Le Sénégal comme pôle de stabilité sous régional en Afrique de l’Ouest en aurait pris un coup certain avec toutes les conséquences de voir Dakar ne plus être un hub attrayant. Pour cela nous pouvons être reconnaissants au Président Macky Sall.
Macky Sall a donc posé un acte fort qui ancre notre pays dans le cercle des grandes démocraties du continent et du monde. A chaque fois qu’on a dit que notre modèle démocratique s’abîmait, le génie de notre peuple a su le ressusciter grâce à son opinion publique alerte et par la richesse de notre dialogue. Il est donc essentiel que les citoyens sénégalais continuent à exprimer leurs attentes et leurs préoccupations, et à demander des réformes institutionnelles lorsque cela est nécessaire. La voix et la participation active des citoyens sont essentielles pour façonner l’avenir démocratique du Sénégal.La démocratie sénégalaise a connu des hauts et des bas ces dernières années, mais elle a montré sa résilience et sa capacité à se réinventer.
Il est venu le temps de renforcer à nouveau nos institutions et de les rendre plus robustes. Dans les grandes démocraties, le peuple n’est pas accroché à la décision d’un homme pour une question aussi essentielle dont la stabilité du pays dépendrait. Il ne faudrait plus au Sénégal qu’on se retrouve dans cette configuration. Le peuple et toutes ses composantes, dont la presse et les hommes politiques doivent arrêter d’avoir peur comme on l’a fait durant ces quatre dernières années. C’est la somme de nos peurs qui alimentent cette fragilisation des institutions. Et nous devrons être stricts à l’égard de tous les discours qui fragilisent nos institutions en les dénonçant fermement. Il est important de noter que le renforcement des institutions est un processus continu et que cela nécessite l’engagement de tous les acteurs politiques et de la société civile. Les institutions solides et responsables sont la pierre angulaire d’une démocratie durable et participative.
Il est venu le temps où les acteurs politiques doivent comprendre que les différends se règlent devant nos institutions et non dans la rue. Et que les majorités politiques se décident dans des élections libres et transparentes comme nous savons en organiser. Toute la société, la presse, les diffuseurs, les leaders d’opinion et la société civile devraient s’accorder sur ces principes inviolables et intangibles des règles de notre République. Il est temps que nous prenions nos responsabilités et que nous sanctionnions clairement ceux qui nous proposent de régler nos problèmes par la violence dans la rue. Ainsi notre cher pays sera un pays de stabilité, de paix propice à l’éclosion d’un environnement économique et de prospérité.
Un travail conséquent et consensuel devra être mené dans le prochain quinquennat pour supprimer toutes les ambiguïtés constitutionnelles autour du mandat et de son renouvellement, sa durée étant déjà clairement figée à cinq ans. Nous devons tourner la page où nos pays vivent au rythme des querelles institutionnelles et constitutionnelles pour que les débats tournent plus sur des questions éducatives, économiques, sociales et environnementales pour un développement durable endogène. Les perspectives qu’ouvrent cette nouvelle configuration politique sont heureuses, nous espérons que les acteurs politiques tourneront la page du débat sur le troisième mandat pour arrêter de personnaliser le débat politique. Nous espérons aller vers une présidentielle où s’affronteront des idées et des projets à travers des hommes et non un débat centré sur les égos et les personnes.
Vive le Sénégal et vive sa démocratie.
Mohamed LY – Président du think Tank IPODE
Crise politique de Juin 2023 au Sénégal: Un plaidoyer pour des lendemains meilleurs
Chers compatriotes, ma seule boussole, ma seule préoccupation reste l’intérêt du PEUPLE sénégalais dont nul n’a le monopole de sa compréhension. Mon seul pays est le Sénégal et mon souhait est un retour au calme afin qu’on continue à travailler pour la paix et la prospérité de notre pays.
Je récuse et je condamne fermement l’aventurisme de ceux qui prêchent le chaos. Pour se développer notre pays a besoin de tous ses fils intègres et dignes avec la patrie en bandoulière.
La concurrence internationale qui attend nos enfants est une concurrence rude de l’excellence, de l’innovation, de production de qualité dans tous les domaines qu’ils soient industriels, agricoles, artistiques, scientifiques, culturels, sportifs, pharmaceutiques, artisanaux, etc…
Il nous faut continuer à recréer et réinventer notre pacte républicain, démocratique et social. Dans la responsabilité, dans l’exigence et dans l’honnêteté !
Aucune autre forme de dévolution du pouvoir, en dehors du cadre démocratique n’est souhaitable. Le Sénégal doit rester sur son orbite qui est adossé à une riche histoire de sacrifices de braves hommes et de femmes.
Ceci est ma conviction malgré la colère légitime de certains et la malheureuse impatience des autres. Continuons à redresser notre pays chers compatriotes, et cela demandera toutes nos énergies mais aussi nos intelligences et non les haines diffuses, les petits calculs personnels ou les envies de revanche. Sachons raison gardée
– Aux forces de l’ordre j’apporte sans réserve mon soutien
– Aux forces de Défense je renouvelle sans répit ma confiance.
Rien ne permet de douter de leur patriotisme et de leur engagement pour la patrie. Rien !
Arrêtons de nous laisser dresser les uns contre les autres si nous voulons « faire pays» ensemble. Il appartient à chacun d’entre nous d’aller vers l’autre quelque soit ses opinions pour la construction de l’Etat que nous souhaitons. D’ailleurs ce débat qui posera la construction de cet Etat futur dans l’idée du processus continu d’amélioration, devra passer par la voie des urnes et qu’au moment du débat démocratique que chacun veuille apporter sa pierre à l’édifice. Et pour se faire chaque voix comptera, tout ceci devant se faire dans le respect de la cohésion nationale et de nos valeurs cardinales de djiom et de fayda. Méfions-nous chers compatriotes d’affaiblir notre État quelque soit ses imperfections ! Cet État est le garant de notre existence et le socle de notre vivre ensemble.
Je présente mes condoléances les plus attristées à toutes les familles éplorées et à toutes les familles religieuses et coutumières et aussi à chaque senegalais pris individuellement : Siggi léne ndigaalé.
La douleur qui nous habite suite à ses pertes déplorables nous oblige. Des lendemains meilleurs nous attendent tous ensemble, notre force sera notre cohésion et cette capacité que nous avons toujours eu à nous retrouver et à agir pour l’intérêt supérieur de la nation.
Mohamed Ly
Président du Think Tank IPODE.
Au Sénégal : Des réformes qualitatives de la Justice, à saluer et à protéger !
Il se passe des révolutions silencieuses dans notre pays, sur lesquelles nous ne pouvons comprendre le mutisme des acteurs politiques, des activistes et de la société civile.
Suivre les actions d’un pouvoir politique pour les contrôler c’est aussi pouvoir apprécier quand celui-ci renonce à des pouvoirs importants pour renforcer notre démocratie et notre état de droit. Et faut-il rappeler que le sujet de l’indépendance de la justice nous préoccupe tous en tant que républicains. Parce que c’est aussi, le fait de marquer le coup sur certains actes que nous trouvons révolutionnaire, qu’on pourra les encrer en nous, dans le tissu social pour éviter d’éventuels reculs dans le futur. Car en politique, avec les acteurs qui sont les nôtres au Sénégal, les acquis sont difficilement à l’abri. C’est pour cela il nous semble important, de dénoncer et d’exprimer son désaccord à chaque fois qu’il est utile de le faire. Sur ce point la société civile et les opposants le font très bien ! Mais il est aussi important pour ces acteurs de faire la pédagogie des acquis et d’acter certaines avancées systémiques en les théorisant et en les sanctuarisant.
De quelle révolution parlons-nous ?
Le président Macky Sall a accordée au Bureau exécutif de l’Union des magistrats du Sénégal (UMS), ce mercredi, 10 juillet 2019, entre autres décisions majeures, celle concernant la mise en compétition des postes de Procureurs et de Présidents des tribunaux (Tribunaux de grande instance et Tribunaux d’instance), sauf pour les chefs de cour. Cette mesure est effectivement révolutionnaire car elle va renforcer l’indépendance des magistrats. Désormais un magistrat ne sera plus nommé à la seule discrétion du ministre de la Justice ou du Président de la République. Il reviendra à la commission du Conseil Supérieur de la Magistrature (CSM) de faire des propositions de nomination sur la base de critères de compétence.
Si avec cette mesure, on se rappelle que le Président de la République et le ministre de la Justice avaient consenti de se retirer du CSM pour que cette instance qui gère la carrière des magistrats soit moins sous l’emprise du politique comme l’avait suggéré le Think Tank IPODE lors de ses travaux sur la réforme des institutions. Après leur sortie du CSM, le Président de la République et le ministre de la justice seront remplacés par le Premier président de la Cour suprême. Le conseil sera ainsi composé de magistrats, d’un professeur d’université et d’un représentant du bureau, la société civile n’étant plus représentée. Pour rappel, nous suggérions que les nominations proposées par le ministre de la justice soient soumises à un avis conforme du CSM, et non un avis consultatif comme c’est le cas et ceci pour renforcer l’autonomie du Parquet. De même nous demandions que le rôle de la formation plénière du CSM soit renforcé par l’instauration d’une faculté d’auto-saisine sur les questions de déontologie et d’indépendance. Dans notre proposition nous demandons que le CSM soit présidé par le Président de la cour suprême et que ce dernier devienne ainsi le seul garant de l’indépendance du pouvoir judiciaire au nom de la séparation des pouvoirs. En ce sens, il serait à la fois logique et symbolique de renoncer à toute référence au Président de la République, dont le rôle sera uniquement de veiller au respect de l’indépendance de la justice et non plus d’en être le garant.
Au vu donc de toutes ces réformes annoncées, il y a de quoi se réjouir et d’entrevoir une amélioration qualitative de notre système judiciaire dans un futur proche. Même si cette amélioration prendra un minimum de temps, ce temps incompressible et nécessaire à notre processus d’amélioration continue. Car certaines révolutions culturelles et organisationnelles qui suivent ce type de réformes sont des processus qui peuvent être lents mais novateurs et porteurs de justice et d’équité. Nous devrons accompagner et suivre ces processus avec vigilance et rigueur.
En abordant ce sujet, nous nous rappelons encore comment est passé sous silence l’autonomisation financière de la Cour des Comptes concédée par le Président Macky Sall en début de mandat, une de ses premières mesures que nous avions énergiquement salué. Ces concessions faites par le pouvoir exécutif sous l’égide du Président Macky Sall nous semblent plus importantes que des réalisations physiques qu’on a tant vanté à raison lors de la dernière campagne. On a certes besoin d’infrastructure dans notre pays, mais notre humble avis est de dire que rien ne vaut les révolutions culturelles et les réformes structurelles qui agissent sur notre capital immatériel garant de nos libertés et de notre démocratie qui sont les moteurs d’un développement socio-économique harmonieux pour toutes les couches de notre société.
Mohamed LY
Président du Think Tank IPODE