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Afrique : souveraineté économique, multilatéralisme et nouvelle architecture financière — une recomposition stratégique nécessaire
Par Mohamed El Madanillou Ly, CEO de KFT Capital et Président du Think Tank IPODE
La Banque Africaine de Développement BAD devrait donc jouer un rôle central. Son actionnariat, composé à environ 60 % de pays africains et 40 % d’actionnaires non africains, lui confère un mandat légitime mais une marge de manœuvre encore trop contrainte.
Le multilatéralisme global se transforme. Les rapports de force économiques, la compétition entre blocs régionaux et la transition énergétique redéfinissent les priorités internationales. Dans ce contexte, l’Afrique ne peut plus rester une périphérie du système mondial : elle doit devenir le principal lieu où se décident les financements et les priorités qui la concernent. Cela passe par une souveraineté économique assumée fondée sur trois leviers : diversifier les partenariats, renforcer l’intégration continentale et refonder l’architecture financière africaine.
La diversification n’est pas conjoncturelle mais stratégique : travailler avec l’Europe, l’Asie, les États du Golfe, l’Inde ou les économies émergentes doit répondre à une logique d’intérêt mutuel et non d’alignement. L’entrée de l’Union africaine au G20 ouvre une opportunité : porter une position continentale structurée autour de la transformation industrielle, de l’énergie et de l’investissement stratégique.
Le deuxième pilier est l’intégration économique. La ZLECAF, marché de 1,3 milliard de consommateurs, doit devenir un accélérateur d’industrialisation, de commerce intra-africain et de chaînes de valeur régionales. Il est urgent de développer davantage le commerce interafricain sur le continent.
Le troisième pilier, le plus structurant, est la refondation de notre architecture financière. L’Afrique doit disposer d’un système capable de financer ses propres ambitions et non dépendre d’outils conçus au siècle dernier.
Dans cette recomposition, la Banque africaine de développement (BAD) doit changer d’échelle. Son mandat est clair, mais ses marges sont encore limitées. Elle doit devenir une véritable banque d’investissement panafricaine, capable de lever massivement des ressources sur les marchés et de cofinancer des projets stratégiques avec les grandes banques africaines -UBA, Ecobank, Attijari, BOA- dont la présence est aujourd’hui continentale.
La Banque Africaine de Développement BAD devrait donc jouer un rôle central
Son actionnariat, composé à environ 60 % de pays africains et 40 % d’actionnaires non africains, lui confère un mandat légitime mais une marge de manœuvre encore trop contrainte. Les États occidentaux (États-Unis, France, Allemagne, Japon, Canada) détiennent individuellement plus de poids que la plupart des États africains, ce qui limite la souveraineté financière du continent dans les orientations stratégiques qui devraient être endogènes. Nous invitons la BAD à devenir une véritable banque d’investissement panafricaine, capable de lever davantage de ressources sur les marchés et de cofinancer des projets stratégiques avec les grandes banques africaines. Renforcer le rôle de la BAD ne s’arrête pas au seul fait de vouloir augmenter son capital mais il sera aussi question de transformer sa capacité opérationnelle. Une banque ne prête pas seulement ce qu’elle possède ; elle prête ce qu’elle est capable de garantir et de refinancer. La BAD doit utiliser ses actifs, ses garanties souveraines et sa notation pour élargir son bilan, comme le permettent les accords de Bâle. La décision de la BCE, dès 2026, d’intégrer les actifs verts comme collatéraux préférentiels montre l’évolution : ces actifs deviennent des multiplicateurs de crédit.
L’Afrique doit suivre cette trajectoire. Les banques centrales africaines devraient ouvrir des guichets de refinancement dédiés, où banques commerciales, fonds souverains et acteurs publics déposent des actifs — infrastructures, énergie renouvelable, minerais transformés ou logistique — en échange de lignes de financement à long terme. Produire, transformer et financer sur le continent — avant d’exporter — doit devenir la règle.
Dans cette perspective, l’Algérie dispose d’un levier stratégique : son fonds souverain estimé entre 40 et 50 milliards de dollars. Ce potentiel pourrait soutenir des projets structurants comme l’énergie solaire, les interconnexions électriques régionales, la logistique ou Simandou en Guinée.
L’expérience d’acteurs africains déjà présents — Attijariwafa Bank, Bank of Africa, BMCE, Groupe Banque Populaire, ainsi que les institutions nigérianes UBA, Access Bank, Zenith Bank, ou sud-africaines Standard Bank, FirstRand, Absa, Nedbank, ou le Fonds Africain de Garantie et de Coopération Économique FAGACE — montre qu’un capital africain investi en Afrique crée des résultats immédiats : financement des PME, commerce intra-africain, montée en gamme industrielle et investissements long terme.
Un modèle africain puissant est possible
Des institutions comme Afreximbank démontrent déjà qu’un modèle africain puissant est possible, capable de soutenir commerce, infrastructures, énergie et industrialisation. L’Afrique ne manque ni de capitaux ni de vision : elle doit désormais activer sa propre puissance financière pour transformer son potentiel en influence et prospérité collective. La question n’est plus : le continent est-il légitime ? Mais, sommes-nous prêts à bâtir l’architecture financière adaptée à nos ambitions?
Sénégal — De la crise budgétaire aux perspectives politiques : les conditions du redressement
Ayant reçu de nombreuses réactions et remarques sur la part des dépenses extrabudgétaires entre 2021 et 2024, nous revenons ici compléter notre précédente analyse. Car s’il y a eu opacité dans la gestion publique récente, elle ne réside pas dans le reclassement des dettes parapubliques, qui relève d’une mise en conformité comptable comme nous avons eu à l’expliquer. La vraie opacité relève bien dans la part indécente des dépenses engagées en dehors du cadre légal dans les budgets 2021-2024.
I – Dépenses extrabudgétaires 2021-2024 : une dérive coupable du pouvoir de Macky Sall
Durant la période 2021–2024, plusieurs ministères et agences ont engagé des dépenses non budgétées sous prétexte de « gestion de crise » : aides post-COVID, subventions énergétiques, dépenses sécuritaires ou interventions d’urgence. Or, selon la Cour des comptes, dans son rapport de février 2024 sur la situation des finances publiques, nombre de ces engagements ont été effectués sans autorisation préalable du Parlement ni inscription dans une Loi de Finances Rectificative (LFR). Et là réside le vrai scandale, couvert par l’ancien président Macky Sall et ses différents ministres des Finances, en l’occurrence feu Moustapha Bâ et Abdoulaye Daouda Diallo.
Le rapport de la Cour précise que certains de ces montants ont même été couverts par des surfinancements ou des emprunts bancaires temporaires, en dehors du circuit normal du Trésor. Ces pratiques constituent, selon les termes mêmes de la Cour, des « irrégularités budgétaires majeures », contraires à l’article 14 de la Loi organique n° 2011-15 relative aux lois de finances (LOLF), qui impose que toute dépense publique soit préalablement autorisée par le Parlement.
Affirmer donc que la crise budgétaire procède plutôt du reclassement n’autorise absolument pas à minimiser ou à relativiser cette grave faute de gestion que représente la pratique des dépenses extrabudgétaires, dont le pouvoir BBY a usé et abusé dans les dernières années de l’exercice du pouvoir.
II – Prédation des deniers publics : quand l’exception est érigée en règle
Ce glissement progressif vers des dépenses extrabudgétaires traduit une perte de discipline budgétaire au sommet de l’État. Cela traduit aussi une prédation de nos deniers par un pouvoir finissant dont les membres étaient habitués à l’impunité, le président Macky Sall les ayant habitués à mettre certains rapports « sous le coude », comme il l’a exprimé publiquement à la télévision nationale lors de son « grand entretien avec la presse » du 31 décembre 2020.
Ce qui devait être une exception justifiée par l’urgence sanitaire ou énergétique est devenu un mode de gestion parallèle, où les arbitrages politiques et la cupidité ont primé sur la transparence et la reddition des comptes. La Cour des comptes souligne d’ailleurs que ces dépenses, souvent justifiées a posteriori, ont affaibli la fiabilité des comptes de l’État et compromis la lisibilité de la dette publique. Ceci ne devrait pas rester sans conséquence juridique.
III – Un manque d’éthique et de responsabilité politique du pouvoir BBY
Il faut le dire : ces manquements traduisent un manque flagrant de sérieux et de responsabilité de la part du précédent régime. Engager des milliards de francs CFA sans base légale ni contrôle parlementaire, c’est contourner les procédures et ouvrir la porte au détournement de deniers publics. Il ne s’agit donc pas seulement d’un problème de méthode comptable, mais d’une forme de prédation des deniers publics, opérée sous couvert d’action publique.
Une telle pratique appelle des enquêtes administratives et judiciaires, pour établir les responsabilités des ordonnateurs et comptables publics impliqués. C’est une exigence de justice et de confiance citoyenne, mais aussi vis-à-vis de nos créanciers, afin de rétablir la crédibilité de notre signature financière.
Cette exigence n’est pas une demande de poursuite contre les responsables de l’ancien régime pour de l’arbitraire ou de chasse aux sorcières. Il s’agit d’une nécessité de restaurer la crédibilité financière de l’État. Voici ce qu’attendent du Sénégal le FMI et le monde de la finance internationale. La dénonciation et la démarche d’engager la transparence, comme le fait le nouveau pouvoir du Pastef, étaient nécessaires, mais cela ne suffit pas à rassurer les agences de notation, à faciliter la restauration de nos équilibres budgétaires et à la relance de notre économie qui a perdu son dynamisme ces deux dernières années..
Il faut certes consolider et conforter la trajectoire budgétaire qui permettra le retour du déficit et de la dette dans les critères communautaires d’ici 2027, et s’y atteler avec rigueur. Mais aussi il faudra engager une vraie réforme budgétaire qui passera par la publication intégrale des engagements extrabudgétaires constatés, leur intégration systématique dans une LFR pour rétablir la traçabilité, si ce n’est fait et surtout veiller à ce que ces dérives ne puissent être reproduites, en corsant les règles d’accès à ce type de contournement des principes de gestion publique. Les finances publiques ne doivent plus pouvoir être gouvernées avec cette légèreté, en période d’urgence permanente et sans garde-fou comme l’ont fait les derniers gouvernements de Macky Sall.
IV – Nécessité d’une projection politique et sociale pour construire de lendemains meilleurs
Nos dernières suggestions consistent à exhorter le gouvernement à faire une cure sévère de son fonctionnement, plutôt que de céder à l’approche néo-libérale classique des grandes institutions, qui demandent principalement l’arrêt des subventions sur l’énergie. Ce pays gazier et pétrolier que nous sommes en train de devenir n’acceptera pas que, sous couvert de redresser nos comptes, on pressurise nos populations par une fiscalité excessive et une gestion ultra-libérale insensible aux réalités sociales.
L’opinion peut accepter, dans un élan de solidarité, de ne pas voir les prix de l’essence, du gazole ou des factures de la Senelec baisser, et de continuer à les payer plus chers que le Mali ou le Burkina, mais jamais elle n’acceptera leur augmentation, ils trouveront cela indécent. Les Sénégalais sont prêts à consentir des efforts et des sacrifices, à condition de voir l’État se “désembourgeoiser”.
Ils ne comprennent pas non plus, de vivre aux côtés de cadres de l’administration financière devenus millionnaires, voire milliardaires, sans que leurs salaires ne justifient rationnellement de tels niveaux de richesse. La lutte contre la corruption devrait être une grande cause nationale dans ce nouveau Sénégal du Jub, Jubal, Jubbunti.
Avec tous les scandales liés au foncier et au Trésor, qui inondent notre actualité, nos compatriotes ne comprennent pas qu’on ne voie pas une opération “mains propres” de grande envergure dans ces corps si essentiels à la crédibilité et à l’efficacité de l’État, et dans d’autres aussi dont la perception de corruption est très grande au sein des populations. Une lutte contre cette corruption, à l’instar des grandes opérations menées ailleurs dans le monde, s’impose.
On pense à la purge courageuse de la police new-yorkaise dans les années 1970, lorsque la commission Knapp, puis le scandale révélé par l’agent Frank Serpico, mirent au jour un système de pots-de-vin généralisé entre policiers et trafiquants de drogue, une lutte qui brisa des carrières, provoqua des menaces de mort, mais restaura la confiance du public.
On pense aussi à l’opération “Mani Pulite” en Italie dans les années 1990, conduite par le juge Antonio Di Pietro, qui fit tomber tout un pan de la classe politique et révéla les liens structurels entre affaires, partis et marchés publics, au prix du sang de magistrats comme Giovanni Falcone et Paolo Borsellino, assassinés par la mafia pour avoir osé défier le « système ».
Et comment ne pas rappeler la lutte opiniâtre d’Eva Joly en France, magistrate d’origine norvégienne, qui osa s’attaquer aux réseaux politico-financiers de l’affaire Elf, à une époque où la corruption d’État semblait intouchable, au prix de campagnes de dénigrement et d’isolement professionnel.
Ces exemples montrent qu’aucune nation ne peut se réformer sans courage ni vérité. Ce n’est pas en couvrant les abus que l’on redresse un État, mais en les affrontant avec rigueur et exemplarité surtout. Évitons de donner la mauvaise perception d’une « République des copains » par nos compatriotes. Ce que les Américains, les Italiens ou les Français ont fait par patriotisme, notre patriotisme proclamé devrait nous le permettre tout aussi aisément.
Notre intime conviction
Notre pays a donné mandat à Bassirou Diomaye Faye et à Ousmane Sonko pour assainir la gestion publique. Les populations ont cru à leur promesse de remettre de l’ordre dans ce pays et l’ont validée dès le premier tour d’une alternance, ce qui est un fait inédit. Mais dix-huit mois après leur installation, il n’y a eu aucun électrochoc réel pour restaurer la discipline ni dans la République ni dans la rue publique.
La corruption va bon train, au vu et au su de tous. Sur la voie publique, des agents prennent des billets de banque pour laisser partir des automobilistes en infraction. L’espace public de nos villes est occupé de façon anarchique, et nos grandes artères ressemblent à des souks à ciel ouvert.
Certes, les difficultés financières de l’État sont réelles et nous en sommes conscients. Mais elles ne sauraient justifier l’absence de changement structurel. Les Sénégalais attendent une révolution administrative et organisationnelle. Ils ne prennent pas les devants pour des raisons sociologiques que nous n’aborderons pas ici, mais ils sont prêts à répondre à l’appel du changement si on les y invite. Ils ont fait leur part, ils ont fait partir le pouvoir « Benno Bok Yaakar » au prix de dizaines de morts lors de différentes manifestations. Qui peut le plus peut le moins, des populations qui ont payé une demande de changement au prix de leur vie, peuvent le faire aux prix de leurs poches et de leurs mauvaises habitudes.
Nous parions qu’ils soutiendront même l’ingratitude qui pourrait accompagner de telles réformes.
Chers gouvernants, allez-y franchement ! nos compatriotes ont « le Pastef au coeur ».
Un dépit amoureux pourrait nous être fatal.
Mohamed LY
Président du Think Tank IPODE
Sénégal – Dette publique : « Dette cachée » ou correction comptable, quand la politique politicienne s’en mêle
Les récentes déclarations de l’ancien ministre Habib Sy, aujourd’hui président du conseil d’administration de la Senelec, sur la prétendue « dette cachée » du Sénégal, ont relancé un débat qui, sur le plan technique, ne devrait pourtant plus exister.
Ce qu’il présente comme une dissimulation d’engagements financiers n’est en réalité qu’un reclassement comptable conforme aux normes internationales de transparence budgétaire, notamment le GFSM 2014[1] du FMI et, à titre de référence, le SEC 2010[2], utilisé dans l’Union européenne.
Lien : https://thinktank-ipode.org/2025/10/20/senegal-dette-publique-dette-cachee-ou-correction-comptable-quand-la-politique-politicienne-sen-mele/
Un débat qui n’aurait jamais dû exister
Ces standards précisent dans quels cas une entreprise publique doit être incluse dans la dette souveraine : lorsqu’elle dépend structurellement du budget de l’État pour fonctionner, ou lorsque ses dettes sont garanties explicitement par l’État. Autrement dit, les dettes de structures telles que Sénélec, SONES, AIBD, APIX ou AGEROUTE n’étaient pas « cachées », mais hors bilan, car ces entités disposent d’une personnalité juridique propre et de revenus autonomes. En 2023-2024, le Sénégal a décidé de reclasser ces dettes parapubliques dans la dette souveraine consolidée, dans un souci de transparence. Ce choix, effectué par les nouvelles autorités, est à la fois courageux et louable, mais il a été mal expliqué au grand public et à l’opinion internationale.
Sous l’effet d’une communication politique maladroite, cette opération technique a été instrumentalisée, et elle porte aujourd’hui préjudice au pays sur le plan financier. La première conséquence a été une hausse mécanique du ratio dette/PIB, passé d’environ 74 % à environ 119 % (132% selon le FMI en fin 2024, justement en incluant les entreprises publiques comme le révèle Bloomberg dans une dépêche publiée jeudi 16 octobre[3]) , sans qu’un seul franc nouveau n’ait été emprunté pour autant.
Ce ratio, suivi de près par l’UEMOA et les institutions internationales, a immédiatement placé le Sénégal hors des critères de convergence communautaire, rendant l’accès au marché financier plus coûteux — ce qui a mis le pays sous tension budgétaire depuis lors.
S’y sont ajoutées une suspension du programme avec le FMI, du fait des accusations infondées de complicité de fraude, ainsi qu’une dégradation successive de la note souveraine du Sénégal par les agences de notation. En politisant un sujet technico-stratégique, le gouvernement a affaibli la perception de solvabilité du pays et augmenté ses coûts d’emprunt.
Un choix de transparence mal expliqué : Un choc comptable devenu choc politique
Il faut rappeler que le régime de Macky Sall, au pouvoir jusqu’en 2024, n’avait pas procédé à ce reclassement et que l’État du Sénégal publiait alors un ratio de dette à 73 et 77 % du PIB selon les documents transmis au FMI et à l’UEMOA. Ce choix n’était pas illégal : il répondait à une logique de gestion budgétaire prudente, cherchant à préserver la capacité d’endettement de l’État, donc de meilleures marges de manœuvre, et à maintenir la confiance des marchés.
Le nouveau pouvoir du Pastef, arrivé au pouvoir en 2024, a opté pour un reclassement et a évoqué publiquement une « dette cachée », laissant entendre une dissimulation volontaire de la part de l’ancien régime. Cette approche a eu un effet déstabilisateur sur la perception du pays par les bailleurs et les agences de notation, entraînant la suspension du programme du FMI le temps de corriger le misreporting. S’il y a eu opacité dans le passé, elle concernait plutôt certaines dépenses extrabudgétaires engagées en dehors du cadre légal, et non la consolidation des dettes parapubliques. Notamment durant la période 2021-2023, où plusieurs ministères ont procédé à des dépenses non budgétées sous couvert de gestion de crise (état d’urgence, aides post-COVID, subventions énergétiques, etc.). Les rapports récents de la Cour des comptes font d’ailleurs état de lacunes de transparence sur ces points. Ces lacunes ne relèvent pas du reclassement de la dette, mais de la pratique de dépenses extrabudgétaires : des engagements financiers effectués sans intégration dans une Loi de Finances Rectificative (LFR), donc en dehors du contrôle parlementaire. Ce type de manquement constitue une irrégularité budgétaire au regard de l’article 14 de la Loi organique relative aux lois de finances (LOLF, n° 2011-15), qui impose que toute dépense publique soit autorisée préalablement par le Parlement. De tels écarts affaiblissent la crédibilité de la gouvernance financière et la transparence de l’action de l’État.
Un impact majoritairement lié au reclassement
Les éléments publics disponibles laissent à penser que l’essentiel de la hausse du ratio dette/PIB est lié au reclassement des dettes parapubliques dans le périmètre souverain, plus que par les quelques dépenses extrabudgétaires repérées[4]. Ces dernières, bien que problématiques sur le plan de la gouvernance, restent marginales en volume comparées à l’impact statistique du reclassement global.
Par conséquent, le débat actuel sur la « dette cachée » relève davantage d’une mauvaise lecture comptable et politique que d’une réalité financière nouvelle[5]. Les données antérieures montrent que près des deux tiers de la hausse ont résulté du reclassement en 2019. Pour 2023-2024, la part exacte n’est pas encore ventilée publiquement ; cependant, les premières indications montrent que le reclassement reste un facteur majeur, même si d’autres éléments (dépenses extrabudgétaires, arriérés, retards) semblent intervenir.
Une pratique internationale, pas un cas sénégalais isolé
Le reclassement des dettes parapubliques n’est ni une innovation sénégalaise ni une manipulation politique. Des pays comme la France maintiennent, par exemple, la dette d’EDF (environ 70 milliards €) hors de la dette publique tant que l’entreprise reste solvable et capable d’assurer seule son financement, contrairement à ce qu’insinue M Habib Sy lors de l’émission Point de Vue sur la RTS, le 5 octobre 2025. En revanche, lorsqu’une recapitalisation est décidée, comme en 2022 lors de la renationalisation complète d’EDF, la dette est intégrée au bilan de l’État.
Le Sénégal a simplement appliqué la même logique : rendre visibles des engagements garantis par l’État, sans créer de nouvelle dette. Loin d’être la découverte de détournements ou de vols commis par les responsables de l’ancien régime, ce reclassement est un acte de transparence budgétaire, salué par les bailleurs de fonds.
À titre de comparaison, la Côte d’Ivoire, qui centralise dès l’origine les dettes de ses entreprises publiques dans le budget de l’État, n’a pas eu besoin de reclassement. Sa comptabilité budgétaire étant déjà intégrée, le choc statistique observé au Sénégal ne s’y est pas produit. Concernant le Togo, ce pays n’a pas encore procédé à une telle consolidation complète. Les dettes de ses entreprises publiques et garanties d’État demeurent partiellement hors bilan, ce qui crée un risque latent pour la soutenabilité budgétaire, même si leur poids relatif reste modéré. Quant à la Guinée, elle n’a pas encore mis en place de mécanisme systématique d’intégration de ces dettes dans la dette souveraine, entretenant une incertitude sur son niveau réel d’endettement. Ainsi, le Sénégal se distingue par une démarche de transparence plus avancée dans l’application des normes internationales, l’inscrivant dans un processus vertueux d’amélioration continue.
Une polémique au détriment de la crédibilité nationale
Qualifier cette opération de « dette cachée » relève donc d’un amalgame coupable entre politique et technique. Il ne s’agit ni d’une fraude ni d’une manipulation comptable, mais d’une mise à jour statistique alignée sur les standards internationaux. Le processus a été public, documenté et validé par la Cour des comptes et le FMI. Cet accroissement de la dette concerne des engagements connus des bailleurs, de l’État et des institutions communautaires, jusque-là laissés hors bilan de la dette centrale.
L’enjeu aujourd’hui n’est pas de blâmer un régime ou un autre, mais de renforcer la gouvernance des entreprises publiques, d’améliorer la discipline budgétaire et d’assurer la soutenabilité de la dette à long terme.
Le Sénégal doit sortir du registre de la polémique pour revenir à celui de la rigueur, de la transparence et de la pédagogie économique. Nous regrettons que le reclassement des dettes parapubliques, qui a mécaniquement gonflé le ratio dette/PIB du Sénégal sans créer un franc nouveau d’endettement, soit devenu, dans un contexte de transition politique, l’objet d’une controverse où la pédagogie budgétaire a cédé la place au soupçon et à la rhétorique partisane.
Mohamed LY
Président Think Tank IPODE
[1] Le GFSM 2014 est le cadre international de référence élaboré par le Fonds monétaire international (FMI) pour : mesurer, classer, et présenter les finances publiques (recettes, dépenses, dettes, actifs) de manière standardisée et comparable entre pays.
[2] Le SEC 2010 est un cadre comptable harmonisé adopté par l’Union européenne pour mesurer : la production économique (PIB), les revenus, les dépenses publiques, et la dette publique consolidée. Il s’applique à tous les États membres de l’Union européenne et vise à garantir que les données transmises à Eurostat(l’office statistique européen) soient comparables, fiables et transparentes.
[3] Bloomberg, “IMF Raises Senegal Debt Estimate as New Program Talks Kick Off”, 16 octobre 2025, Zijia Song, Jorgelina Do Rosario & Katarina Hoije.
[4] Un article Reuters du 24 juillet 2025 donne des chiffres clés : « A Court of Auditors review in February calculated that overall debt at the end of 2023 was equivalent to 99.7% of GDP, compared with the previously reported 74.41%. » confirme noir sur blanc que l’écart — plus de25 points de PIB — résulte d’un recalcul comptable et d’une meilleure couverture du périmètre de la dette, et non d’un nouvel endettement massif.
[5] Senegal – Joint World Bank–IMF Debt Sustainability Analysis, January 2019 : Because of the expanded coverage starting in 2017, the end-2017 debt stock has increased by 10.8 percentage points of GDP to 60.6 percent of GDP, compared to central government debt of 49.8 percent of GDP
Sénégal : l’heure des réformes courageuses pour redonner du sens à la dépense publique
Depuis que l’agence de notation Moody’s a abaissé la note du Sénégal pour une 3ᵉ fois, je vois passer des réactions indignées sous des airs de théorie du complot populiste. Beaucoup cherchent à discréditer l’agence, à la présenter comme un outil occidental qui complote contre l’Afrique. C’est une erreur, une hérésie.
Les agences de notation ne font que mesurer ce que le marché voit déjà : une économie fragilisée, des comptes publics dégradés, une confiance entamée. Ce ne sont pas les agences de notation qui ont creusé notre déficit, ni alourdi la dette du Sénégal, ni multiplié les dépenses sans impact. Les agences ne font qu’allumer la lumière là où nous avons préféré rester dans l’ombre.
La vérité, c’est que cette dégradation doit être un signal d’alerte, pas une occasion de victimisation.
Le Sénégal n’a pas besoin d’attaquer les institutions qui la notent. Nous avons juste besoin de rassurer les investisseurs, de reconstruire la crédibilité de notre signature, et surtout de relancer une économie au ralenti.
Les chiffres parlent d’eux-mêmes : à fin juin 2025, les dépenses en capital (investissements publics) ont été exécutées pour 581,9 milliards de francs CFA, soit 30,1 % des prévisions du budget. Les investissements sur ressources internes s’élèvent à 186,6 milliards de francs CFA, soit 31,8 % de leur objectif. En valeur absolue, le montant de 581,9 milliards en 2025 est inférieur à celui de 648,4 milliards en 2023 (premier semestre) pour les dépenses en capital. Le niveau d’investissement réel est beaucoup plus bas, en pourcentage des crédits ouverts, comparé à 2023 (30,1 % vs ~39,7 %), et c’est là que le problème réside.
Pendant ce temps, on entretient des caisses noires à la présidence, à la primature et à l’Assemblée nationale, dont les montants réels sont astronomiques au vu de la situation du pays. On maintient un train de vie d’État qui ne correspond plus à la réalité, héritage d’un clientélisme d’une autre époque.
Aucune des « Big Three » (Standard & Poor’s, Moody’s ou Fitch) n’a inventé la crise budgétaire sénégalaise. Elles la constatent. Et elles disent au monde ce que tout investisseur, tout banquier, tout bailleur sait déjà : la trajectoire actuelle n’est pas soutenable sans réforme, sans effort, sans discipline et sans audace.
Alors, au lieu de se réfugier dans un réflexe nationaliste de façade, notre pays, à travers le régime en place, ferait mieux de prendre le taureau par les cornes : réduire les dépenses superflues, rationaliser la gestion publique, réinvestir massivement dans l’économie réelle — production, énergie, industrie, agriculture — bref, dans tout ce qui crée de la valeur, de l’emploi et de la confiance.
Une notation n’est pas une punition. C’est un miroir. Et tant que nous préférerons casser le miroir plutôt que de nous regarder dedans, nous continuerons à répéter les mêmes erreurs. Oui, la faillite est à craindre si rien ne change. Mais une note coupée peut être remontée si le gouvernement applique des réformes crédibles. D’ailleurs, le marché l’a compris : malgré la dégradation, le Sénégal a levé 450 milliards de CFA sur les marchés financiers, avec une demande dépassant 150 % de l’offre (source : Ecofin Agency). Cela montre que certains investisseurs croient encore en notre potentiel — mais exigent des garanties sérieuses.
L’un des premiers indicateurs d’un pays aspirant à l’autonomie est une dépendance réduite vis-à-vis de l’étranger. Et à cet égard, les chiffres du Bulletin Mensuel des Statistiques du Commerce Extérieur de l’ANSD relaient des évolutions baissières des exportations et haussières des importations — un déséquilibre qui constitue un véritable signal d’alarme pour la balance commerciale.
En effet, selon l’ANSD, en juillet 2025, les importations du Sénégal ont crû de +16,6 % (par rapport à la même période antérieure), quand les exportations ont baissé de -16,1 % sur la même période.
Ce décalage illustre parfaitement un affaissement de notre appareil productif et le manque de compétitivité de notre économie réelle. À ce rythme, nous importons ce que nous devrions produire et exportons de moins en moins ce que nous savons faire. Voilà le vrai nœud du problème : notre dépendance grandissante fragilise notre souveraineté économique et pèse sur nos équilibres extérieurs.
Et qui dit balance commerciale déficitaire, dit besoin accru de devises pour financer ces importations — ce qui exerce une pression directe sur nos réserves et in fine, sur la stabilité macroéconomique du pays. C’est une spirale qui, si elle n’est pas enrayée, affaiblira encore davantage notre économie réelle et notre capacité à financer le développement par nous-mêmes.
Il est temps que le gouvernement s’occupe de la souffrance des Sénégalais, de la paupérisation des couches les plus vulnérables, du ralentissement du secteur du BTP, de notre souveraineté agricole et de l’assainissement de nos villes et adopte pour finir, une rigueur de gestion pour corriger la trajectoire budgétaire du pays.
Mohamed LY
Président du THINK TANK IPODE
Ma position sur l’amnistie est publique. Je l’ai exposée sur les ondes, dans la presse nationale. Et il n’était pas facile de le faire si je n’avais pas le courage de mes convictions chevillées au corps.
En février 2024, j’avais demandé à ce que l’amnistie ne soit pas votée. Ensuite, j’ai demandé à ce que les effets de l’amnistie n’empêchent pas que la vérité triomphe dans la recherche de justice sur les tragiques événements que nous avons vécus entre 2021 et 2024. Plusieurs solutions juridiques ont été proposées et suggérées à cette fin.
La majorité actuelle a proposé une loi interprétative qui, selon eux, suffira pour faire jaillir la vérité et punir les auteurs des actes criminels. Elle a été votée et je garde l’espoir de voir justice rendue, pour mes compatriotes tués, mutilés, éborgnés et/ou martyrisés.
Et je ne m’associerai à aucun moment à ces fossoyeurs de l’APR et de leurs anciens alliés qui ont cautionné et voté cette amnistie et plus d’une décennie d’impunité. Ils ont été aussi les acteurs du naufrage démocratique de la dernière présidentielle. Eux, ne sont pas devenus mes alliés par tactique — non, je refuse cette facilité. C’est tout ce que les Sénégalais détestent : le « Ôte-toi de là que je m’y mette ».
L’APR et leur gouvernance de 12 ans sont à la source de tous nos malheurs actuels, une gouvernance que nous avons combattue avec véhémence et conviction.
La majorité des citoyens a fait le choix de faire confiance à PASTEF, qui incarne depuis novembre 2024 la nouvelle majorité parlementaire, portée par une promesse de justice et de transparence. Il leur revient désormais de traduire ces engagements en actes concrets. Leur action sera évaluée à l’aune des résultats obtenus. Cette confiance demeure — tant que leur gouvernance continuera d’en être digne.
Notre pays a besoin de justice dans la fermeté, de célérité, et aussi d’être apaisé. De cet apaisement éclora une société focus sur le travail, sur l’essentiel, c’est-à-dire sur les résultats.
Bonne fête du 4 avril.
Bonne fête d’indépendance.
Mohamed Ly – Président du Think Tank IPODE
Ma position sur l’amnistie est publique. Je l’ai exposée sur les ondes, dans la presse nationale. Et il n’était pas facile de le faire si je n’avais pas le courage de mes convictions chevillées au corps.
En février 2024, j’avais demandé à ce que l’amnistie ne soit pas votée. Ensuite, j’ai demandé à ce que les effets de l’amnistie n’empêchent pas que la vérité triomphe dans la recherche de justice sur les tragiques événements que nous avons vécus entre 2021 et 2024. Plusieurs solutions juridiques ont été proposées et suggérées à cette fin.
La majorité actuelle a proposé une loi interprétative qui, selon eux, suffira pour faire jaillir la vérité et punir les auteurs des actes criminels. Elle a été votée et je garde l’espoir de voir justice rendue, pour mes compatriotes tués, mutilés, éborgnés et/ou martyrisés.
Et je ne m’associerai à aucun moment à ces fossoyeurs de l’APR et de leurs anciens alliés qui ont cautionné et voté cette amnistie et plus d’une décennie d’impunité. Ils ont été aussi les acteurs du naufrage démocratique de la dernière présidentielle. Eux, ne sont pas devenus mes alliés par tactique — non, je refuse cette facilité. C’est tout ce que les Sénégalais détestent : le « Ôte-toi de là que je m’y mette ».
L’APR et leur gouvernance de 12 ans sont à la source de tous nos malheurs actuels, une gouvernance que nous avons combattue avec véhémence et conviction.
La majorité des citoyens a fait le choix de faire confiance à PASTEF, qui incarne depuis novembre 2024 la nouvelle majorité parlementaire, portée par une promesse de justice et de transparence. Il leur revient désormais de traduire ces engagements en actes concrets. Leur action sera évaluée à l’aune des résultats obtenus. Cette confiance demeure — tant que leur gouvernance continuera d’en être digne.
Notre pays a besoin de justice dans la fermeté, de célérité, et aussi d’être apaisé. De cet apaisement éclora une société focus sur le travail, sur l’essentiel, c’est-à-dire sur les résultats.
Bonne fête du 4 avril.
Bonne fête d’indépendance.
Mohamed Ly – Président du Think Tank IPODE
Les nations ne remboursent jamais entièrement leur dette publique, elles la refinancent en permanence. Pourtant, beaucoup n’évoquent la dette qu’à travers deux indicateurs : 3 % de déficit annuel (nouvelle dette) et 70 % du PIB (stock total). Mais trois autres critères sont bien plus déterminants pour la dynamique économique[1].
D’abord, les critères de convergence ne sont pas des plafonds stricts, mais des régulateurs[2] conçus pour prévenir les dérives. À l’image d’un régulateur de vitesse en voiture, ils ajustent la trajectoire sans freiner la progression. L’essentiel est d’avoir une stratégie de retour à l’équilibre claire et partagée. Il convient de rappeler que ces critères s’appliquent uniquement dans un espace communautaire partageant une même monnaie, dans le but d’harmoniser les économies des pays membres. Les États Unis, la chine ne sont pas soumis à des critères de convergence.
Prenons un exemple : une dette représentant 100 % du PIB avec un taux d’intérêt de 1 % pèse cinq fois moins sur les finances publiques qu’une dette de 50 % du PIB à un taux de 10 %. Le coût réel de la dette dépend donc davantage du taux d’intérêt que de son volume[3].
Un pays peut ainsi refinancer 1 000 milliards de dette à 1 %, plutôt que de puiser dans ses réserves, et réinvestir l’épargne réalisée dans des secteurs générateurs de croissance. En quelques années, le PIB augmente, le poids relatif de la dette diminue et les recettes fiscales s’améliorent. L’essentiel n’est donc pas de rembourser, mais de refinancer intelligemment tout en stimulant la croissance.
Cependant, chaque refinancement entraîne des coûts. Une dette renouvelée tous les deux ans coûte bien plus cher sur 30 ans qu’un emprunt unique à long terme.
Ainsi, nous devons nous concentrer sur trois leviers essentiels. D’abord, investir en priorité dans des secteurs à rendement rapide[4], comme l’énergie et les infrastructures, qui génèrent rapidement des revenus permettant ensuite de financer des domaines à impact plus long, comme l’éducation et la santé. Ensuite, maximiser la production interne : plus nous produisons, plus le PIB croît, et plus la TVA augmente mécaniquement, renforçant ainsi nos finances publiques[5]. Enfin, il est crucial de planifier et d’expliciter clairement notre stratégie de croissance. Une vision cohérente et lisible rassure les marchés et les agences de notation, facilitant ainsi l’accès à des financements à moindre coût et sur des durées plus longues.
Enfin, les critères de convergence ont été définis à une époque de taux élevés. Aujourd’hui, avec des taux bas, ils doivent être interprétés avec souplesse, dès lors que la nouvelle dette finance des investissements productifs.
Nécessité de surmonter la crise budgétaire par un choc de confiance
Sans une gouvernance économique rigoureuse et une vision stratégique claire, aucune nation ne peut se développer. Le Sénégal, confronté à une crise budgétaire sans précédent, n’échappe pas à cette règle. Avec un déficit budgétaire dépassant 12 % du PIB et une dette publique frôlant les 99 %, l’État sénégalais se trouve à un tournant décisif. Il peut choisir la voie de l’austérité, qui risque d’étouffer l’économie, ou celle d’une relance intelligente, fondée sur un choc de confiance capable de restaurer la crédibilité des institutions et de relancer la dynamique économique.
La première erreur serait de céder à la panique et d’adopter des mesures précipitées, telles que la réduction des salaires des fonctionnaires, ou la suppression des subventions sur l’électricité et l’eau de façon indifférenciée. Dans un contexte marqué par la flambée des prix des biens essentiels et l’érosion du pouvoir d’achat, de telles décisions ne feraient qu’exacerber les tensions sociales. L’histoire récente nous l’a appris : lorsqu’un État opte pour des solutions purement comptables sans en mesurer les implications sociales, il s’expose à une explosion des contestations, à des grèves paralysantes et, au pire, à une crise de confiance généralisée. L’exemple des émeutes de l’électricité, qui avaient embrasé le pays par le passé, doit servir de leçon.
Plutôt que de chercher des boucs émissaires, il est urgent, dans un premier temps, d’agir sur deux fronts : la stabilisation macroéconomique ainsi que la relance ciblée de la consommation et de l’investissement. La stabilisation doit commencer par une négociation habile avec les créanciers internationaux. Nos partenaires techniques et financiers peuvent convenir que le Sénégal ne peut pas rembourser sa dette au détriment de sa propre croissance[6]. Ils pourraient donc accepter des mécanismes tels que la mise en place de moratoires, des rééchelonnements de la dette et, pourquoi pas, des conversions de notre dette en investissements[7]. Pour y parvenir, il est impératif de rassurer les marchés, les bailleurs et surtout le FMI et les agences de notation. Le ministre des Finances semble s’y atteler en communiquant sur sa stratégie de rassurer les bailleurs et les partenaires financiers en leur présentant il y a une semaine les mesures correctives et les réformes d’ores et déjà mises en œuvre ou envisagées, par le gouvernement, pour renforcer la gestion des finances publiques. Dans cette démarche, il faut rappeler qu’il est essentiel de convaincre les agences de notation, car elles jouent un rôle déterminant dans la perception des marchés financiers. Les notes de Moody’s et S&P Global Ratings qui viennent de dégrader notre note souveraine (respectivement B3 et B avec des perspectives négatives) influencent directement les conditions d’emprunt de notre pays, notamment les taux d’intérêt et la confiance des investisseurs. Mais derrière ces agences rappelons qu’il y a aussi l’influence du Fonds Monétaire International (FMI), dont les évaluations et les recommandations sont largement prises en compte par les agences. En raison de son expertise avérée sur nos pays et de ses recherches économiques scientifiquement crédibles[8].
L’un des éléments clés à comprendre est que le problème n’est pas la dette en soi, mais la trajectoire de croissance qui l’accompagne. Le Sénégal peut contracter de nouveaux emprunts tant qu’il est en mesure de démontrer que cet argent sera utilisé pour stimuler la croissance et accroître le PIB. En d’autres termes, la priorité n’est pas de freiner la dette à tout prix, mais plutôt de s’assurer que le PIB (le dénominateur du ratio dette/PIB) croît plus rapidement que la dette elle-même. C’est pourquoi il est crucial de présenter un plan sur un horizon de trois années, de retour à la normale aux agences de notation. Ce plan doit être cohérent et montrer comment les investissements que le gouvernement veut réaliser permettront d’augmenter la production et les revenus futurs du pays[9]. Même si ces investissements nécessitent un endettement supplémentaire à court terme, ils doivent être justifiés par une perspective de croissance qui, à terme, réduira mécaniquement le poids de la dette dans l’économie[10].
Les agences de notation ne jugent pas seulement la situation actuelle d’un pays, mais surtout sa trajectoire et sa capacité à honorer ses engagements à l’avenir. Dès lors que notre pays démontre une dynamique positive, sa perspective de notation s’améliorera, ce qui se traduira par une baisse des taux d’intérêt, un allongement des maturités de remboursement et une marge budgétaire accrue pour financer son économie[11]. La clé pour restaurer la confiance du FMI, des agences de notation et des investisseurs n’est pas de limiter la dette, mais de démontrer via un plan d’actions une trajectoire de croissance solide et crédible[12].
Dans le même temps, il faut éviter l’effondrement de la demande intérieure. L’économie sénégalaise repose largement sur une fiscalité basée sur la consommation, la TVA représentant près de 50 % des recettes fiscales. La TVA est la principale ressource du pays. Une baisse brutale du pouvoir d’achat entraînerait donc une diminution des recettes, aggravant encore le déficit budgétaire. Plutôt que de réduire les dépenses de manière indiscriminée, l’État doit cibler ses ajustements budgétaires en supprimant les dépenses de prestige, en rationalisant les agences publiques et en éliminant les dépenses improductives de fonctionnement. Il doit également soutenir les ménages fragiles à travers des mécanismes tels que le renforcement et l’élargissement des bourses familiales. Le gouvernement devra aussi poursuivre les efforts entamés pour réduire les prix des produits de première nécessité. Ceci aidera les ménages les plus modestes à supporter les périodes difficiles en attendant les premiers résultats du choc de confiance préconisé.
Les pays comme les nôtres ne peuvent se développer sans infrastructures modernes et compétitives. C’est pourquoi la relance ne peut être envisagée sans une stratégie d’investissement clairvoyante. L’État, disposant de marges de manœuvre budgétaires limitées, doit mobiliser le secteur privé à travers des partenariats public-privé (PPP) et l’intervention du Fonds Souverain d’Investissements Stratégiques (FONSIS) ainsi que de l’Agence de Promotion des Investissements et Grands Travaux (APIX), pour alimenter l’économie grâce aux nouvelles recettes issues du pétrole, du gaz et de l’or. Ce mécanisme permettrait d’assurer la poursuite des projets d’infrastructures essentiels, tels que l’extension du réseau du Train Express Régional (TER), du Bus Rapid Transit (BRT) et la réalisation dans les délais du port de Ndayane, tout en limitant l’impact sur le budget public via les mécanismes de dettes classiques. Ces efforts nécessiteront des mesures exceptionnelles, comme la suspension temporaire de la loi du 19 avril 2022 encadrant la gestion et la répartition des revenus issus de l’exploitation des hydrocarbures, pour une période de deux ans, le temps de faire face à notre situation budgétaire critique.
L’avenir économique du Sénégal repose sur des secteurs stratégiques tels que l’exploitation des minerais[13] (or, phosphates, zircon et ilménite) du pétrole et du gaz, les énergies renouvelables, le numérique, ainsi que des secteurs historiques comme le tourisme, l’artisanat, la culture et l’agriculture à haute valeur ajoutée, avec en support l’émergence du secteur de l’intelligence artificielle. Mais pour attirer les investisseurs, il faut plus que de simples incitations fiscales : un environnement des affaires stable, transparent et prévisible est essentiel.
Enfin, le succès de cette relance repose sur une transparence absolue[14] du gouvernement dans la gestion des comptes publics. Il ne suffit pas de prendre de bonnes décisions, encore faut-il les expliquer et les faire accepter.
Chers compatriotes, le Sénégal n’est pas en faillite, mais il traverse une crise sérieuse. Nous vivons une tension de trésorerie, suivie de l’abaissement de notre notation souveraine par les agences de notation. Toute crise peut être surmontée du moment où le pays dispose d’un leadership politique éclairé, de discipline et d’une vision de long terme. Aujourd’hui, l’opportunité est là : transformer cette crise en un tournant décisif pour le développement national. Pour cela, nous devons oser un choc de confiance, redonner aux citoyens et aux investisseurs une perspective claire et mettre en œuvre des réformes courageuses. Ce n’est pas une option, c’est une nécessité.
Pour le Think Tank IPODE
Abdoul Aziz Wane, Sénior consultant en Finance &
Mohamed LY – Président Think Tank IPODE
[1] Reinhart & Rogoff, dans This Time Is Different: Eight Centuries of Financial Folly (2009
[2] Paul De Grauwe, dans The Economics of Monetary Union (2020)
[3] Blanchard & Leigh, dans leur rapport du FMI Growth Forecast Errors and Fiscal Multipliers (2013)
[4] Banerjee & Duflo, dans Good Economics for Hard Times (2019)
[5] Piketty, dans Capital et Idéologie (2019)
[6] Wissem Ajili, La gestion de la dette publique selon les approches économique, institutionnelle et financière, 2015.
[7] Jean-Claude Masangu Mulongo, Dette publique extérieure et croissance économique en RDC, 2018.
[8] FMI, Finances & Développement : L’impact des agences de notation sur les économies émergentes, 2016.
[9] Banque Mondiale, Sénégal Economic Update – Boosting Productivity for Accelerated Growth, 2023.
[10] Ha-Joon Chang, Kicking Away the Ladder: Development Strategy in Historical Perspective, 2002.
[11] Thomas Piketty, Capital et Idéologie, 2019.
[12] FMI, Sustainable Debt and Growth Strategies for Emerging Economies, 2022.
[13] En 2022, les revenus extractifs du Sénégal ont atteint 275,33 milliards de FCFA (environ 419,7 millions d’euros), avec le secteur minier représentant 85,61 % de ce total, soit 235,71 milliards de FCFA (environ 359,3 millions d’euros). Selon https://www.teamfrance-export.fr/fiche-marche/infrastructures/mines/SN
[14] Tanzi & Schuknecht, dans Public Spending in the 20th Century (2000)
Raffinage de notre pétrole par la SAR : un bond en avant qualitatif pour le Sénégal
Depuis ce vendredi 6 février, la Société Africaine de Raffinage (SAR), fondée en 1961, a franchi une étape historique en raffinant, pour la première fois, du pétrole brut extrait d’un gisement national. Jusqu’à présent, la SAR traitait exclusivement du pétrole importé. Désormais, le brut national sera transformé en produits finis à destination du marché local, marquant ainsi un tournant décisif pour nos stratégies énergétiques, industrielles ainsi que pour notre balance commerciale.
Rappelons que le Nigeria, premier producteur de pétrole d’Afrique, exploite son pétrole depuis 1958. Cependant, il n’a commencé à raffiner de manière significative que très récemment, notamment avec la mise en service de la raffinerie Dangote en octobre 2024. Des décennies durant, ce paradoxe a empêché l’économie du Nigeria de tirer pleinement profit de ses ressources pétrolières, rendant le pays vulnérable aux fluctuations des cours mondiaux et aux crises de devises. En effet, l’absence d’infrastructures de raffinage suffisantes obligeait le pays à exporter son brut, puis à réimporter des produits raffinés à un coût bien plus élevé, ce qui pesait lourdement sur sa balance commerciale, fragilisait sa monnaie et impactait négativement son économie.
Il ne suffit pourtant pas d’avoir contourné cet écueil pour crier victoire. La réussite de cette première étape ne doit pas nous faire perdre de vue les défis qui restent à relever pour pérenniser cet acquis et éviter d’autres déséquilibres structurels dans notre secteur énergétique.
Le Gabon, autre pays producteur de pétrole, a quant à lui lancé son industrie pétrolière en 1961. Sa principale raffinerie, la SOGARA, ne traite qu’une fraction de la production nationale, obligeant le pays à dépendre d’importations coûteuses en devises pour couvrir ses besoins internes. Face à cette réalité, le Gabon a récemment envisagé la construction d’une nouvelle raffinerie d’une capacité de 700 000 tonnes par an, dans l’objectif de réduire sa dépendance aux importations et d’améliorer sa souveraineté énergétique.
C’est en cela que le Sénégal réalise une avancée majeure en mettant en place, dès le début de son exploitation pétrolière, un circuit de raffinage local. Contrairement au Nigeria et au Gabon, qui ont longtemps peiné à valoriser leur production, nous évitons by design ces écueils en ayant mis en place une capacité de raffinage suffisante, adaptée à nos besoins.
S’ouvre alors un boulevard d’opportunités pour notre économie nationale. En réduisant notre dépendance aux importations de carburants et de produits pétroliers raffinés, nous stabilisons, tout au moins, considérablement notre balance commerciale et notre balance des paiements, tout en réduisant nos besoins en devises pour les importations. Cela se traduit non seulement par des revenus supplémentaires pour l’État grâce aux taxes et aux exportations, mais aussi par la création d’emplois directs et indirects, par une dynamique d’investissement favorisant le développement d’une chaîne de valeur locale autour du raffinage et de la distribution des produits pétroliers. Ainsi, le Sénégal entre dans une nouvelle ère où l’exploitation de nos ressources énergétiques contribue directement au développement économique et social du pays.
Cependant, il est essentiel que l’État demeure vigilant pour éviter de reproduire les erreurs observées ailleurs. Après avoir évité le cas nigérian, où l’absence d’infrastructures de raffinage suffisantes a conduit à une dépendance aux importations de produits pétroliers, nous devons veiller à ne pas tomber dans une situation similaire à celle du Gabon. Ce pays, malgré sa production pétrolière, n’a pas su ajuster dynamiquement sa capacité de raffinage à ses besoins énergétiques locaux, le rendant ainsi dépendant des importations pour satisfaire sa demande intérieure. Il est donc crucial de monitorer et d’ajuster en permanence la capacité de la SAR à nos besoins énergétiques nationaux. Cela implique une évaluation continue de la production et de la demande, ainsi qu’une planification stratégique pour anticiper les évolutions du marché énergétique. Nous encourageons les autorités à travailler dans ce sens. Car la capacité de raffinage actuelle de la SAR est de 1,5 million de tonnes alors que nos besoins se chiffrent à environ 3 millions de tonnes par an. Aussi, la SAR envisage de créer un deuxième site de raffinage avec une capacité additionnelle de 4 millions de tonnes annuel, portant ainsi la capacité totale à 5,5 millions de tonnes. Contrairement au syndrome gabonais, cette expansion accompagnée d’un switch de nos centrales du Oil to power vers le Gas to power permettra non seulement de satisfaire la demande nationale, mais aussi d’explorer des opportunités d’exportation vers les marchés régionaux.
De manière similaire, l’intégration de la stratégie « Gas to Power » est tout aussi primordiale. Cette initiative, qui vise à utiliser le gaz naturel domestique pour la production d’électricité, réduira ainsi notre dépendance aux combustibles importés et contribuera à une production énergétique plus propre et plus efficace. En optimisant l’utilisation de nos ressources gazières pour la génération d’électricité, nous pouvons non seulement répondre à la demande énergétique croissante, mais aussi soutenir le développement économique du pays en fournissant une énergie plus abondante, plus régulière et plus compétitive pour les industries locales. Cependant, il est important de noter que le développement de la capacité de conversion du gaz en électricité doit être équilibré avec les plans relatifs aux énergies renouvelables, afin d’assurer une expansion optimale et durable du secteur énergétique.
Ces avancées ne sont cependant qu’un premier jalon sur la route de notre autonomie énergétique. Il est impératif de poursuivre ces efforts afin de garantir une sécurité et une maîtrise totales de nos approvisionnements. La structuration d’un secteur énergétique robuste et souverain nous permettra non seulement d’exporter nos excédents électriques à un prix compétitif vers nos voisins, mais aussi d’accroître la valeur ajoutée nationale en développant des unités de transformation dans des domaines stratégiques tels que la chimie, la pétrochimie et l’agroalimentaire.
En définitive, la gestion proactive et stratégique de nos capacités de raffinage, combinée à une mise en œuvre judicieuse de la stratégie « Gas to Power », n’est qu’une première étape qui permettra au Sénégal de renforcer sa souveraineté énergétique, d’équilibrer sa balance commerciale et de poser les bases de son industrialisation. Le véritable enjeu consistera à mettre en place des mesures incitatives de nature à favoriser des investissements endogènes fléchés vers des unités de transformation à forte valeur ajoutée, notamment dans les secteurs de la production énergétique, de la chimie, de la pétrochimie, de la pharmacie et de l’agroalimentaire. Notre position géographique, la qualité de nos ressources humaines ainsi que notre sens inné de l’innovation nous ouvrent d’innombrables perspectives qui nous permettront de stimuler notre développement économique au bénéfice de nos concitoyens.
Mohamed LY
Président Think Tank IPODE
Pour le Think Tank IPODE
Les revenus actuels du pétrole ne sont pas suffisants pour combler le déficit budgétaire. Ils pourraient réduire une petite partie de ce déficit, mais le Sénégal resterait dépendant d’autres sources de financement et de réformes budgétaires pour atteindre un équilibre budgétaire viable. Avec ce cadre macroéconomique, il serait difficile d’atteindre une souveraineté économique. Un pays qui n’arrive pas à financer ses dépenses budgétaires par ses propres moyens ne dispose pas de la liberté de choix nécessaire dans ses politiques économiques et sociales. En l’absence de cette capacité, il devient souvent dépendant des prêts, aides et financements extérieurs, qui viennent généralement avec des conditions et des exigences spécifiques en termes de réformes structurelles, de mise en place de politique d’austérité budgétaire, etc.
Depuis le début de l’exploitation de notre pétrole, le Sénégal a produit 8,17 millions de barils entre juin et septembre 2024 dans le cadre du projet Sangomar, avec une production journalière moyenne d’environ 66 885 barils par jour. Toutefois, Sangomar est un champ où l’on exploite quasiment que du pétrole brut. En revanche, le champ gazier Grand Tortue Ahmeyim (GTA) présente un très fort potentiel. À cela s’ajoutent les champs gaziers Yakaar et Teranga, dont l’exploitation est prévue dans un futur très proche. La combinaison des champs GTA, Yakaar et Teranga représente un potentiel énorme de gaz, faisant du Sénégal un pays plus gazier que pétrolier.
Comparaison avec les grands producteurs africains
Ainsi, la production pétrolière du Sénégal est relativement faible en Afrique, comparativement aux principaux acteurs comme le Nigeria, premier producteur africain, avec une production quotidienne variant entre 1,2 et 1,5 million de barils en 2024. L’Angola et l’Algérie ayant une production d’environ 1 million de barils par jour. Ces chiffres montrent que notre production reste nettement inférieure à celle des grands producteurs africains. Toutefois, cette entrée dans le secteur pétrolier fait du Sénégal un producteur émergent. Ce statut pourrait évoluer si les réserves et la production augmentent dans les années à venir.
Potentiel de réduction du déficit budgétaire : Comment mieux assumer notre objectif de souveraineté
Nous devons maintenant nous interroger : ce niveau de production peut-il nous aider à combler notre déficit budgétaire et à renforcer notre souveraineté économique ?
Le déficit budgétaire du Sénégal est estimé à environ 940,2 milliards de FCFA. Avec un prix moyen du pétrole à 85 USD par baril et un taux de change de 620 FCFA pour 1 USD, la production de 8,17 millions de barils en quatre mois génère des revenus totaux d’environ 429,7 milliards de FCFA. Toutefois, seuls 10 % de ces revenus reviennent directement au Sénégal, hors recettes fiscales. En considérant ces paramètres, les revenus pétroliers ne couvriraient qu’environ 13,7 % du déficit budgétaire.
Cependant, la stratégie de répartition des recettes pétrolières et gazières adoptée par l’État repose sur trois grands axes :
- 90 % des recettes d’hydrocarbures sont affectées au budget général, pouvant être allouées aux investissements prioritaires, au service de la dette et à certaines dépenses courantes hors personnel.
- 10 % des recettes d’hydrocarbures sont affectées au Fonds Intergénérationnel, destiné à constituer une épargne pour les générations futures.
- Tout éventuel surplus de recettes est affecté au Fonds de Stabilisation, servant à se prémunir contre la volatilité des prix des hydrocarbures.
De plus, l’État ne bénéficie pas seulement du profit oil, qui représente entre 10 % et 20 % du partage des bénéfices. Il perçoit également :
- Les redevances annuelles sur l’exploitation des champs par les opérateurs,
- La part de PetroSen sur le Profit Oil, PetroSen représentant l’État,
- L’impôt sur les sociétés payé par les opérateurs en fin d’exercice.
Il est souvent estimé que le cumul de toutes ces recettes peut permettre à l’État de capter jusqu’à 60 % de la recette totale générée par un baril de pétrole ou par un mètre cube de gaz.
Apprendre des expériences internationales – Le cas hollandais
L’expérience des Pays-Bas, connue sous le nom de syndrome hollandais, illustre bien les risques d’une dépendance excessive aux ressources naturelles. Dans les années 1960, la découverte de vastes réserves de gaz naturel a entraîné une prospérité rapide, mais cette manne a freiné le développement des autres secteurs économiques. Cette vulnérabilité a conduit à une instabilité économique, illustrant la nécessité pour le Sénégal de diversifier son économie.
Nos ressources pétrolières et gazières doivent être gérées avec prudence pour éviter ce piège. Elles ne peuvent remplacer le travail, l’investissement dans l’éducation, la technologie et l’agriculture, qui sont les véritables moteurs d’une croissance durable.
En conclusion, l’entrée du Sénégal dans le secteur pétrolier est une opportunité, mais elle doit être abordée avec humilité et une stratégie à long terme. Notre réussite repose sur notre capacité à diversifier l’économie, à investir dans le capital humain et à bâtir des industries solides, créatrices d’emplois et indépendantes des fluctuations des prix du pétrole.
Si le pétrole est une chance, le véritable levier de notre développement reste le travail et l’effort collectif. C’est cela qui améliorera la qualité de vie de tous nos compatriotes et fera de notre pays une véritable nation émergente.
Législatives du 17 novembre : une nouvelle configuration politique en gestation
La dissolution du parlement : une opportunité politique pour de nouvelles alliances
Le paysage politique sénégalais continue de se reconfigurer à l’approche des élections législatives du 17 novembre prochain. Parmi les derniers bouleversements, la création de la coalition « Saam sa Kaddu/Sauver le Sénégal », regroupant le PRP de Déthié Fall, le PUR de Serigne Moustapha Sy, Khalifa Sall et Barthélémy Dias de Taxawu Sénégal, Pape Djibril Fall et Anta Babacar Ngom, se fait remarquer. Ce départ significatif de Yewwi Askan Wi, une des grandes forces de l’opposition de la dernière législature, annonce une nouvelle ère pour les forces en présence.
À moins de six mois d’une élection présidentielle qui a vu un changement de pouvoir, la dissolution du parlement par le président de la République a ouvert la voie à de nouvelles stratégies. Ce nouveau calendrier républicain offre aux forces politiques la possibilité de renouveler le jeu politique. En effet, de nombreuses formations et coalitions voient cette législative anticipée comme l’occasion idéale pour proposer des programmes novateurs et répondre aux attentes pressantes des citoyens.
La coalition « Saam sa Kaddu/Sauver le Sénégal » n’a pas tardé à afficher ses ambitions. Se positionnant dans l’opposition, cette coalition affirme vouloir instaurer une cohabitation au sein de l’exécutif, pour garantir un équilibre des pouvoirs et une meilleure gouvernance. Leurs leaders ont clairement exprimé leur désaccord avec les orientations du président Diomaye Faye et de son Premier ministre Ousmane Sonko, tout en se préparant à offrir des politiques publiques alternatives.
Le clap de fin de Yewwi Askan Wi
La disparition de Yewwi Askan Wi semble aujourd’hui inéluctable. Lors du tirage au sort des 49 partis et coalitions participant aux législatives de novembre, aucune trace de cette coalition n’a été constatée. Cet effacement marque la fin d’une ère et ouvre la porte à de nouvelles configurations politiques. La question demeure : que répondent ces nouvelles dynamiques politiques ? Quels sont les moteurs de cette recomposition ?
Une mobilisation électorale sous haute incertitude
Il est encore trop tôt pour tirer des conclusions sur l’impact de ces reconfigurations sur le résultat final des élections. Cependant, une analyse rétrospective nous permet d’identifier certains éléments clés. Lors de la présidentielle de mars 2024, la défaite du camp de Macky Sall avait été perçue comme inévitable. Ce vote « utile » contre le pouvoir avait principalement bénéficié à Pastef, représentant l’opposition radicale, tandis que les autres candidats s’étaient effondrés. Aujourd’hui, après avoir évincé Macky Sall, une nouvelle dynamique électorale se met en place.
La coalition « Saam sa Kaddu/Sauver le Sénégal », forte de ses nouveaux leaders, espère capter une partie du mécontentement actuel. Bien que Pastef semble prêt à obtenir une majorité confortable pour poursuivre ses réformes, il ne faut pas sous-estimer la capacité de cette nouvelle coalition à créer la surprise.
Les risques internes : le talon d’Achille des nouvelles coalitions
Toute coalition, aussi ambitieuse soit-elle, court toujours le risque de tensions internes. Des querelles d’ego lors de la constitution des listes départementales et nationales ont affecté la cohésion de « Saam sa Kaddu/Sauver le Sénégal » du coté de Taxawu avec le retrait de Moussa Tine Président du parti Pencoo, des députés Sanou Dione et XX qui soutiennent ouvertement le Pastef. Ces dissensions qui ont éclaté avant même le début de la campagne, elles pourraient compromettre la dynamique victorieuse nécessaire à un résultat satisfaisant. Toutefois, si la coalition réussit à surmonter ces défis, elle pourrait se positionner comme une force incontournable lors des prochaines élections.
Une pérennité incertaine
Quant à la pérennité de cette coalition, elle dépendra des résultats des législatives. Si elle parvient à remporter une majorité, elle aura probablement une durée de vie d’au moins deux ans, jusqu’à une éventuelle nouvelle dissolution de l’Assemblée nationale. Cependant, si elle échoue, son avenir restera incertain, et elle pourrait suivre le même chemin que Yewwi Askan Wi, en disparaissant sous le poids de nouvelles dynamiques politiques.
Pastef : une machine politique bien huilée
Depuis son triomphe inattendu lors de la présidentielle, Pastef reste dans une dynamique de victoire. Son défi principal ne réside pas tant dans la lutte contre ses adversaires, mais plutôt dans la capacité à maintenir la confiance des Sénégalais en ses promesses de changement. Fort de son capital politique, Pastef pourrait, comme le PS et l’APR en leur temps, maintenir une domination électorale en consolidant sa majorité et en absorbant ses anciens alliés.
Réflexion sur nos pratiques politiques actuelles
Les récents bouleversements dans le paysage politique sénégalais appellent à une réflexion plus profonde sur nos pratiques actuelles. Il y a moins de six mois, si un second tour avait eu lieu lors de la présidentielle, la quasi-totalité des candidats se serait probablement ralliée à Pastef. Aujourd’hui, la plupart de ces mêmes candidats se trouvent dans l’opposition. Si le pouvoir avait tendu la main à ces forces politiques, il est fort probable qu’elles auraient soutenu Pastef par solidarité.
Aucune des formations politiques de la mouvance présidentielle ne remet en cause l’hégémonie de Pastef, acceptant de passer du statut d’allié à celui de « porté » sur les listes de ce parti. Ces pratiques ne répondent plus aux attentes des Sénégalais. La population attend de ses dirigeants qu’ils dépassent l’opposition systématique et le soutien inconditionnel pour se concentrer sur l’intérêt général. Il est grand temps que nos acteurs politiques révisent leurs pratiques et se hissent à la hauteur des exigences des citoyens, qui sont bien souvent en avance sur leurs élites politiques.
Vers une démocratie sénégalaise plus mature
Au-delà de ces constats, nous espérons que les législatives anticipées permettront d’avoir une lecture plus claire des forces politiques en présence. En suivant attentivement les propositions et réformes soumises lors de cette campagne, il sera possible de dégager des points de consensus au sein de la classe politique. Une fois ces consensus établis, des réformes pourraient être adoptées à l’unanimité, quel que soit le résultat de ces législatives. Il est temps pour nos leaders de sortir de la logique binaire pouvoir/opposition et de travailler ensemble sur les grandes questions qui touchent le pays. Ce serait une excellente nouvelle pour la démocratie sénégalaise.
Mohamed LY, Président du Think Tank IPODE
La législature en cours au Sénégal est sans doute l’une des plus critiquées de l’histoire du pays. De l’obtention fragile de sa majorité à la remise en question permanente de sa légitimité, cette Assemblée nationale n’a cessé de décevoir. Dès ses débuts, son installation a donné lieu à des images choquantes et désespérantes pour la réputation du Sénégal. En pleine séance d’installation, la gendarmerie a même été appelée à intervenir à l’intérieur de l’hémicycle, un acte sans précédent qui a été orchestré avec l’aval du nouveau Président de l’Assemblée, élu dans des circonstances controversées de trahison de sa tête de liste nationale, favorisant les intérêts de l’ex première dame, de la famille et des copains au détriment de l’intégrité institutionnelle.
L’opposition entre majorité et minorité n’est pas nouvelle dans le paysage politique sénégalais, mais l’incursion de l’armée pour réguler les débats représente un recul inquiétant. Cette situation a mis en lumière les failles de cette législature, composée de 165 députés qui ont été incapables de respecter les principes fondamentaux de la démocratie par le dialogue et le consensus.
L’élément le plus troublant de cette Assemblée est sans doute son rôle potentiel comme instrument consentant des ambitions du Président Macky Sall, qui, à la fin de son deuxième mandat, semblait prêt à plonger le pays dans le chaos. Si le Conseil constitutionnel n’avait pas freiné ses desseins, le Sénégal aurait pu connaître des troubles sociaux majeurs. Les membres de la majorité, en alliance avec les députés du Parti Démocratique Sénégalais (PDS), ont tenté de discréditer le Conseil Constitutionnel, cherchant à reporter l’élection présidentielle et à prolonger le mandat présidentiel au-delà de sa date de fin initiale, le 2 avril 2024.
Le lundi 5 février, ils sont même allés jusqu’à voter une loi prolongeant de fait le mandat du Président de la République jusqu’au 15 décembre 2024. Cette initiative, immédiatement annulée par le Conseil Constitutionnel par suite d’un recours de l’opposition, aurait pu avoir des conséquences désastreuses. Sans cette intervention décisive de l’institution judiciaire, Macky Sall pourrait encore être au pouvoir aujourd’hui, avec une crise politique aggravée par le prolongement de la liste des dizaines de morts de jeunes qui se seraient opposés à ce coup de force.
Mais ce n’est pas tout. Cette même majorité de l’Assemblée nationale a voté une loi d’amnistie, un texte inique et honteux, visant à couvrir tous les actes d’assassinat et de liquidation politique supposément orchestrés par l’ancien pouvoir de Macky Sall, incluant sa famille dit-on, et certains ténors du défunt pouvoir. Une loi qui n’a fait qu’intensifier le sentiment d’injustice et de frustration au sein de la population.
Face à ces manquements graves, cette Assemblée ne mérite ni compassion, ni défense, même dans le cadre de procédures qui pourraient être discutables en d’autres circonstances. Elle doit simplement disparaître, tout comme son ancien Président, Macky Sall. Le peuple sénégalais n’est pas fier des actes posés par cette majorité et certains membres radicaux de l’opposition au cours de cette législature.
Le 12 septembre prochain est une date clé : une opportunité pour que cette Assemblée soit dissoute, si le Président Bassirou Diomaye Faye en décide ainsi. Nous le soutenons dans cette démarche essentielle, à la fois pour restaurer la démocratie et garantir la paix sociale.
Il est essentiel de rappeler qu’un Parlement n’a pas pour vocation de soutenir systématiquement le Président de la République en place, mais de défendre l’intérêt général de la nation. La prochaine Assemblée nationale devra impérativement se concentrer sur la défense de cet intérêt général, plutôt que de servir les intérêts particuliers de certains groupes ou individus. Les députés doivent se rappeler que leur devoir premier est envers le peuple et non envers des alliances politiques ou des ambitions personnelles.
Mohamed LY Président Think Tank IPODE
Sénégal : Réduction du train de vie de l’Etat et suppression du HCCT et du CESE
Nouveau pouvoir au Sénégal, les appels à candidature : une fausse bonne nouvelle
Nominations dans le gouvernement du Président Bassirou Diomaye : Faire fonctionner l’ascenceur social de nouveau
La nomination de Madame Sophie Nzinga Sy à la tête d’une direction générale d’agence suscite une interrogation cruciale : dispose-t-elle des compétences managériales et du leadership nécessaires pour ce poste ? Son parcours universitaire et professionnel semble légitimer son profil. Elle a developpé un leadership certain sur ce domaine pour pouvoir inspirer la confiance du chef de l’Etat pour cette nomination. Toutefois, il est essentiel de ne pas réduire cette question à sa seule personne, mais de l’examiner dans le contexte plus large de l’actualité nationale. Le gouvernement en place, issu de la majorité Pastefienne, avait promis d’éradiquer le népotisme et le clanisme, des pratiques qui ont marqué les régimes précédents. Cette promesse a suscité de grandes attentes, notamment parmi les jeunes, qui espéraient voir l’ascenseur social républicain fonctionner à nouveau.
Les nominations perçues comme népotiques ont donc provoqué des remous et des frustrations. Les jeunes et moins jeunes, ayant contribué à la montée au pouvoir de la coalition présidentielle, attendaient des nominations basées sur la méritocratie et, dans leur entendement, le mérite intellectuel et l’oppression vécue sous Macky Sall sont les seuls deux faits d’armes à coordonner pour mériter de porter le projet. Pour preuve, si Amy Dia, détenue de juillet 2022 à mars 2024 dans l’affaire dite des « Forces spéciales », était fille ou nièce d’un quelconque ministre ou dignitaire du régime et nommée au même poste, cela ne poserait aucun problème au sein de l’opinion. La base du Pastef reconnaissant à Amy Dia une légitimité historique sacrificielle que n’a pas Sophie Nzinga Sy malgré le mérite de cette dernière sur le papier.
L’idée donc que certaines nominations puissent encore dépendre de relations familiales, telles que le fait d’avoir un des parents qui soit ministre ou un oncle haut fonctionnaire, ou haut gradé, ravive chez certains jeunes le sentiment de plafond de verre social, contre lequel ils se sont battus avec véhémence et détermination jusqu’à y avoir laissé des vies. Pour maintenir la légitimité et la confiance du peuple, il est crucial que le nouveau pouvoir explique clairement ses choix de nominations et mette en avant le mérite sous tous ses aspects. Le fait pour le nouveau régime de rappeler que les anciens régimes pratiquaient également le népotisme pour se justifier est une faute politique ; il faut démontrer une rupture nette avec ces pratiques, c’est là où le peuple les attend. Cela inclut la transparence dans les processus de sélection pour les postes de haute responsabilité. L’histoire offre des exemples de réformes réussies, telles que celles menées par Abd Al-Malik Ibn Marwan après la seconde Fitna vers 685. En remplaçant les Achraf par des personnes compétentes, en instaurant l’arabe comme langue officielle du royaume, en créant une nouvelle monnaie et en construisant des infrastructures majeures, il réussit à pérenniser le Califat Omeyyade qui déclinait. Ces réformes ont mis fin aux nominations basées sur les liens tribaux, créant ainsi une révolution culturelle, monétaire, infrastructurelle et de gouvernance.
Les Sénégalais attendent de leur gouvernement des réformes de cet acabit pour hisser le Sénégal très haut dans le concert des nations en Afrique et dans le monde. Ils veulent que le nouveau pouvoir garantisse l’équité et l’efficacité dans les nominations aux postes politiques, car occuper ces postes reste un sacerdoce et un honneur pour tout patriote. Une telle approche renforcerait la confiance du peuple et montrerait un véritable engagement envers les principes de gouvernance démocratique, de transparence et de mérite.
Mohamed LY
Ce débat sur le voile est inflammable mais il merite des échanges sérieux , de l’ecoute et surtout beaucoup de rigueur et de clairvoyance dans nos prises de position
Nulle flatterie et nulle exclusion !
Si on procéde par principe et par définition on comprendra trés vite les enjeux et il sera facile de se faire son idée sans parti pris religieux et surtout sans faiblesse coupable.
Le voile musulman à l’ecole: nul ne peux l’interdire dans les écoles qui ne sont pas confessionnelles, du moment où la loi l’autorise.
Le tout est dans le mot « confessionnel »
Les écoles coraniques avec une partie d’enseignement généraliste sont d’abord des écoles confessionnelles au premier sens du terme. Il n’est pas envisageable de voir une famille chrétienne y inscrire sa fille. Et aucune ecole coranique (ou franco-arabe) n’envisage d’accepter une chrétienne une fille juive, une athée ou une laïque.
Tandis que les « écoles privées catholiques » sont des écoles généralistes avec un fond de catéchisme qui est optionnel. Ils acceptent les musulmans et toutes les confessions… ils acceptent des juives et des athées aussi.
Et voici toute la difference ! Les écoles confessionnelles trient à l’entrée et ceci est accepté dans les grandes démocraties…
Et les autres écoles généralistes, mixtes meme si elles ont un fond religieux, comme les maristes ou Jeanne d’Arc, acceptent toutes les confessions. Et donc ils doivent respecter tous les comportements découlant des confessions de leurs élèves. Surtout que, contrairement à la France, au Senegal la laïcité est inclusive. Le port du voile n’est pas interdit aux jeunes filles dans l’enseignement général.
C’est pour cela, je pense, que les écoles généralistes communément appelées « écoles catholiques » au Senegal, ne peuvent sous le prétexte d’être appelé catholique, nous imposer dans ce pays le bannissement du port du voile islamique tant que l’Etat ne le decide pas par une loi.
Pour ceux qui suivent les debats sur les signes religieux en France. Personne ne pose le cas des ecoles Juives. Car ne s’y retrouvent que 100% de juifs.Pareil pour des ecoles catho, et le voile est admis dans les rares écoles « musulmanes » comme la kippa (signe religieux ostentatoire) est admise dans les écoles juives et sans que ça ne pose un problème. Le debat se pose pour l’ecole de la republique ou les ecoles recevant des subventions publiques meme si elles sont historiquement appelé « écoles catholiques » par délégation de service publique.
Avant dernier point : Je ne vois pas comment dans les ecoles catholiques sénégalaises où les « soeurs » sont voilées de facon ostentatoire, les jeunes filles se voient retirées le même voile (islamique) alors qu’elles bénéficient de la subvention publique. La règle qui norme la Republique devrait s’y appliquer.
Dernier point: Je suis convaincu de la nécessité d’une vie harmonieuse entre les communautés et les religions dans notre pays.
J’ecris sur ce sujet pas pour rajouter à la polémique, mais pour partager, ma lecture des choses basée sur les principes de la République. J’ai beaucoup de respect pour l’education catholique dans les ecoles catholiques de notre pays. Leur micité sociale, religieuse et ethnique force le respect. Mon respect pour la communauté catholique est grande et sacrée. Et je pense que notre Republique est le socle de notre vivre ensemble et je demande à toutes les communautés et tous les citoyens à se soumettre aux regles communes de la République.
Quand un jour une école catholique assume son coté confessionnelle au Sénégal et n’accepte que des chrétiens . Je me battrais à leurs cotés pour que le voile musulman y soit interdit, tout en y gardant le voile chretien.
Je m’y engage !
Sans cela, interdire le voile musulman serait de l’islamophobie. Et il serait dangereux de cultiver l’islamophobie dans un pays composé à plus de 90% de musulmans. Sur ce point le parallele avec la France ne fait pas sens car les lois sont différentes dans les deux pays. @à la une
A la prochaine élection présidentielle du 25 Février 2024, le président sortant Macky Sall ne se représentera pas. Il sera le premier Président sortant à qui incombe l’organisation de l’élection. Il en a fait l’annonce hier soir Lundi 3 Juillet 2023. Pour la première fois dans l’histoire du Sénégal nous aurons donc une présidentielle où le Président sortant ne prendra pas part. Le Sénégal gravera cette date en lettre d’or. Les enjeux autour d’une troisième candidature de Macky Sall étaient sérieux car les conséquences d’une déclaration de candidature auraient pu être désastreuses pour la paix et pour notre situation économique et sociale. Il est vrai que les débats et les enjeux entourant une éventuelle troisième candidature de Macky Sall au Sénégal ont été significatifs et ont suscité des préoccupations au sein de la société. Les conséquences d’une telle déclaration de candidature auraient pu avoir des répercussions sur la stabilité politique, économique et sociale du pays.
Sur le plan politique, une troisième candidature de Macky Sall aurait pu générer des tensions et des contestations au sein de l’opposition et de la société civile. Certains acteurs politiques pourraient percevoir cela comme une violation des limites constitutionnelles sur les mandats présidentiels et remettre en question la légitimité du processus électoral. Cela aurait pu créer des divisions et une polarisation accrue au sein de la société. Si le Président Macky Sall avait présenté sa candidature nous aurions certainement eu de nouveaux troubles, suivis peut-être de l’abaissement de la note du Sénégal. La qualité de notre signature en serait impactée. L’incertitude politique aurait découragé les investisseurs et affecté la croissance économique. De plus, cela aurait pu détourner l’attention des questions économiques et sociales essentielles, retardant ainsi les réformes et les politiques nécessaires pour stimuler le développement. Cette perception négative de nos partenaires extérieurs aurait porté un coup dur à l’attractivité de notre pays dans la sous-région. Le Sénégal comme pôle de stabilité sous régional en Afrique de l’Ouest en aurait pris un coup certain avec toutes les conséquences de voir Dakar ne plus être un hub attrayant. Pour cela nous pouvons être reconnaissants au Président Macky Sall.
Macky Sall a donc posé un acte fort qui ancre notre pays dans le cercle des grandes démocraties du continent et du monde. A chaque fois qu’on a dit que notre modèle démocratique s’abîmait, le génie de notre peuple a su le ressusciter grâce à son opinion publique alerte et par la richesse de notre dialogue. Il est donc essentiel que les citoyens sénégalais continuent à exprimer leurs attentes et leurs préoccupations, et à demander des réformes institutionnelles lorsque cela est nécessaire. La voix et la participation active des citoyens sont essentielles pour façonner l’avenir démocratique du Sénégal.La démocratie sénégalaise a connu des hauts et des bas ces dernières années, mais elle a montré sa résilience et sa capacité à se réinventer.
Il est venu le temps de renforcer à nouveau nos institutions et de les rendre plus robustes. Dans les grandes démocraties, le peuple n’est pas accroché à la décision d’un homme pour une question aussi essentielle dont la stabilité du pays dépendrait. Il ne faudrait plus au Sénégal qu’on se retrouve dans cette configuration. Le peuple et toutes ses composantes, dont la presse et les hommes politiques doivent arrêter d’avoir peur comme on l’a fait durant ces quatre dernières années. C’est la somme de nos peurs qui alimentent cette fragilisation des institutions. Et nous devrons être stricts à l’égard de tous les discours qui fragilisent nos institutions en les dénonçant fermement. Il est important de noter que le renforcement des institutions est un processus continu et que cela nécessite l’engagement de tous les acteurs politiques et de la société civile. Les institutions solides et responsables sont la pierre angulaire d’une démocratie durable et participative.
Il est venu le temps où les acteurs politiques doivent comprendre que les différends se règlent devant nos institutions et non dans la rue. Et que les majorités politiques se décident dans des élections libres et transparentes comme nous savons en organiser. Toute la société, la presse, les diffuseurs, les leaders d’opinion et la société civile devraient s’accorder sur ces principes inviolables et intangibles des règles de notre République. Il est temps que nous prenions nos responsabilités et que nous sanctionnions clairement ceux qui nous proposent de régler nos problèmes par la violence dans la rue. Ainsi notre cher pays sera un pays de stabilité, de paix propice à l’éclosion d’un environnement économique et de prospérité.
Un travail conséquent et consensuel devra être mené dans le prochain quinquennat pour supprimer toutes les ambiguïtés constitutionnelles autour du mandat et de son renouvellement, sa durée étant déjà clairement figée à cinq ans. Nous devons tourner la page où nos pays vivent au rythme des querelles institutionnelles et constitutionnelles pour que les débats tournent plus sur des questions éducatives, économiques, sociales et environnementales pour un développement durable endogène. Les perspectives qu’ouvrent cette nouvelle configuration politique sont heureuses, nous espérons que les acteurs politiques tourneront la page du débat sur le troisième mandat pour arrêter de personnaliser le débat politique. Nous espérons aller vers une présidentielle où s’affronteront des idées et des projets à travers des hommes et non un débat centré sur les égos et les personnes.
Vive le Sénégal et vive sa démocratie.
Mohamed LY – Président du think Tank IPODE
Crise politique de Juin 2023 au Sénégal: Un plaidoyer pour des lendemains meilleurs
Chers compatriotes, ma seule boussole, ma seule préoccupation reste l’intérêt du PEUPLE sénégalais dont nul n’a le monopole de sa compréhension. Mon seul pays est le Sénégal et mon souhait est un retour au calme afin qu’on continue à travailler pour la paix et la prospérité de notre pays.
Je récuse et je condamne fermement l’aventurisme de ceux qui prêchent le chaos. Pour se développer notre pays a besoin de tous ses fils intègres et dignes avec la patrie en bandoulière.
La concurrence internationale qui attend nos enfants est une concurrence rude de l’excellence, de l’innovation, de production de qualité dans tous les domaines qu’ils soient industriels, agricoles, artistiques, scientifiques, culturels, sportifs, pharmaceutiques, artisanaux, etc…
Il nous faut continuer à recréer et réinventer notre pacte républicain, démocratique et social. Dans la responsabilité, dans l’exigence et dans l’honnêteté !
Aucune autre forme de dévolution du pouvoir, en dehors du cadre démocratique n’est souhaitable. Le Sénégal doit rester sur son orbite qui est adossé à une riche histoire de sacrifices de braves hommes et de femmes.
Ceci est ma conviction malgré la colère légitime de certains et la malheureuse impatience des autres. Continuons à redresser notre pays chers compatriotes, et cela demandera toutes nos énergies mais aussi nos intelligences et non les haines diffuses, les petits calculs personnels ou les envies de revanche. Sachons raison gardée
– Aux forces de l’ordre j’apporte sans réserve mon soutien
– Aux forces de Défense je renouvelle sans répit ma confiance.
Rien ne permet de douter de leur patriotisme et de leur engagement pour la patrie. Rien !
Arrêtons de nous laisser dresser les uns contre les autres si nous voulons « faire pays» ensemble. Il appartient à chacun d’entre nous d’aller vers l’autre quelque soit ses opinions pour la construction de l’Etat que nous souhaitons. D’ailleurs ce débat qui posera la construction de cet Etat futur dans l’idée du processus continu d’amélioration, devra passer par la voie des urnes et qu’au moment du débat démocratique que chacun veuille apporter sa pierre à l’édifice. Et pour se faire chaque voix comptera, tout ceci devant se faire dans le respect de la cohésion nationale et de nos valeurs cardinales de djiom et de fayda. Méfions-nous chers compatriotes d’affaiblir notre État quelque soit ses imperfections ! Cet État est le garant de notre existence et le socle de notre vivre ensemble.
Je présente mes condoléances les plus attristées à toutes les familles éplorées et à toutes les familles religieuses et coutumières et aussi à chaque senegalais pris individuellement : Siggi léne ndigaalé.
La douleur qui nous habite suite à ses pertes déplorables nous oblige. Des lendemains meilleurs nous attendent tous ensemble, notre force sera notre cohésion et cette capacité que nous avons toujours eu à nous retrouver et à agir pour l’intérêt supérieur de la nation.
Mohamed Ly
Président du Think Tank IPODE.
Le train de la Transition a été laborieusement mais ultimement posé sur des rails peu ou prou bien orientés vers un ordre constitutionnel en bonne voie de restauration. Le binôme embargo-encouragement – habilement dosé par la CEDEAO – a fonctionné parfaitement et produit des résultats probants.
Un ancien officier supérieur d’âge mûr (le Colonel Bah Ndaw) et un diplomate doué au parcours remarquable (Moctar Ouane) ont été catapultés aux manettes. Le vent fort de l’optimisme a, durant neuf mois, soufflé sur le Mali ; nonobstant les chevauchées meurtrières des terroristes dans le Nord et le Centre du pays. Et les embrasements inter-ethniques assez sporadiques par-ci, par-là.
Question brutale à l’image des évènements : pourquoi la Transition malienne s’est muée en méli-mélo malien ?
L’action des néo-putschistes de Kati requiert donc une anatomie adéquate. Ici, on est au carrefour des interférences extérieures et des facteurs endogènes. Au chapitre des carences domestiques, on pointe l’inexpérience politique et le déficit de finesse dans le savoir-faire, chez le Président Bah Ndaw. En donnant un coup d’accélérateur au remaniement de son gouvernement, au lendemain de son retour de Paris, il a également donné le sentiment d’appliquer des consignes venues d’ailleurs. Une impression confortée par l’élimination inélégante (sans consultation formelle) du Colonel russophile Sadio Camara et le départ (sans coup de fil formel et préalable) du Colonel Modibo Koné. Ce dernier – c’est de notoriété publique – affiche un nationalisme ombrageux relativement à la présence et à l’influence tous azimuts de la France au Mali.
Le Président Bah Ndao a semblé oublier que ce sont principalement ces deux Colonels de la Garde nationale, Sadio Camara et Modibo Koné, qui ont pris l’immense risque de faire un coup d’État le 18 août 2020 puis l’ont fait : « Roi ».
Le risque était d’autant énorme et réel pour eux deux que, dans ce pays, le coup d’État est assimilé à un crime au regard de la Loi Fondamentale et de son dérivé : le Code pénal. Pays où la peine de mort n’est pas abolie, même si elle est peu appliquée. En clair, deux Colonels jouent au poker en misant leurs têtes (leurs vies) et gagnent. Peu de temps après, ils sont congédiés comme des malpropres par celui qu’ils ont hissé au sommet. C’est kafkaïen et…révoltant.
Au chapitre des influences ou interférences extérieures, on indexe le syndrome fatal du Comité Militaire Tchadien (CMT) qui n’a sûrement pas manqué de doper les néo-putschistes de la ville-garnison de Kati et, parallèlement, de discréditer la fameuse communauté internationale. En effet, l’opinion malienne (relayée par l’opinion africaine) est choquée par la doctrine à géométrie variable des partenaires occidentaux : la Junte malienne est vilaine ; tandis que la Junte tchadienne est jolie. Une Junte est-elle jamais belle ? Elles sont toutes affreuses.
Sous cet angle effarant, on a tout crucifié au Tchad : le Discours de La Baule de François Mitterrand au nom duquel on avait balayé Hissène Habré, les principes démocratiques, les aspirations basiques du peuple tchadien, le suffrage universel et fondateur de légitimité etc. Tout est sacrifié au Tchad sur l’autel des intérêts stratégiques de Barkhane qui a besoin de l’armée tchadienne comme auxiliaire au Sahel. D’où la théorie douteuse selon laquelle, seul un régime militaire peut faire la guerre et la gagner. Historiquement faux ! Dans les années 70, le Président Julius Nyerere, un civil, a battu militairement le Maréchal Idy Amine Dada et l’a contraint à l’exil. Mieux, un illustre Français, le chef du gouvernement George Clémenceau, en 1917, a apporté un célèbre démenti à cette assertion : « La guerre est une affaire trop sérieuse pour être exclusivement confiée aux militaires ». Admirez l’adverbe : exclusivement !
Au Mali, une certaine chronologie de l’actualité africaine a fort bien requinqué le putschisme déjà endémique à Kati. Tenez : on condamne la tentative de coup d’État (avant investiture de Bazoum) au Niger, on applaudit le coup d’État effectif au Tchad, a contrario, on dénonce le coup d’État accompli au Mali. Le Président Emmanuel Macron a pourtant lu Mirabeau : « On peut tout soutenir, sauf l’inconséquence ». Voilà pourquoi le Président du Ghana, John Kufor, est resté ferme et intraitable vis-à-vis du régime du Général Mahamat Déby.
Maintenant, la monumentale interrogation est la suivante : comment redémarrer la locomotive poussive de la Transition au Mali ? André Malraux disait : « le Rubicon est une rivière qu’on ne franchit pas en sens inverse ». Ces officiers qui ont arrêté un Président et un Premier Ministre ne peuvent pas les relâcher et revivre comme avant. Ils s’exposeront aux rigueurs de la Loi : pluie de sanctions pouvant aller jusqu’à la radiation voire la peine capitale. En face, si le Président Bah Ndaw et le chef du gouvernement Moctar Ouane capitulent, ils seront si politiquement dévalués qu’ils ne pourront plus piloter la Transition avec le niveau d’autorité nécessaire.
Hypothèse extrême et folle : un assaut des Forces de la MINUSMA ou de BARKHANE mandatées par les Nations-Unies ? Tout mandat de ce type se heurtera au veto russe ou chinois. Et si la France fonce seule, les deux « Prisonniers » périront, les Colonels seront dans la nature, l’Armée se cassera en mille morceaux, l’État malien s’évaporera, les djihadistes seront heureux et la sous-région sera abonnée au chaos durable. Restent les trésors de la Diplomatie. Justement. La Diplomatie n’est-elle pas un mélange de magie et d’alchimie ?
Par Babacar Justin Ndiaye