Le Sénégal, pays des paradoxes: Etat de droit et impunités

By in Blog, Gouvernance, Justice, Publications on juillet 21, 2014

En réalité depuis notre indépendance, exception faite d’une courte séquence, celle pendant laquelle Mamadou Dia était le chef du gouvernement, notre pays a été gouverné sans rigueur,  ni application sans faiblesse de la loi à ses contrevenants. Ainsi, les affaires publiques allant crescendo se sont empirées pour s’installer dans un laxisme effroyable et un laisser-faire inqualifiable. Avec cette absence de rigueur et de contrôle strict, les gouvernants successifs se sont alors, à la faveur de cet état de pagaille et d’anarchie, à cœur joie et comme des bandes organisées de malfaiteurs, attelés à piller sans état d’âme et retenue les ressources du pays mises à leur disposition pour bien le gérer. Il est évident que dans un tel environnement et une atmosphère si défavorable, il n’était point possible de réunir les conditions optimums d’un développement économique, voire  global dans les normes.

En effet, nous avons remarqué de manière formelle et irréfutable, et toutefois, le sont aussi avec nous, quasiment la plupart des observateurs attentifs et objectifs de notre pays, que depuis le départ de Mamadou Dia, les détournements de deniers publics, les crimes économiques  et de sang étaient commis par les gouvernants en place avec plus d’ampleur. Paradoxe ! Mais pour autant, ils n’ont jamais été sanctionnés à la hauteur de la gravité des faits et par rapport aux lois, même simplement en vigueur. Et encore moins, en rapport avec leur degré de responsabilité dans les affaires, ce qui devrait être de surcroit une circonstance aggravante des sanctions. Voilà pourquoi d’ailleurs, nos prisons ne sont jusque-là remplies que de larcins et autres pickpockets, au même moment où les grands voleurs eux, profitent aisément de leurs butins et biens mal acquis, -l’impunité favorisant- au détriment de la grande majorité du peuple sénégalais.

Alors, si les révélations surprenantes et fracassantes du colonel A Aziz Ndaw sont effectivement fondées,- nous supposons qu’elles le sont, puisqu’il n’y a pas de fumée sans feu- il pourrait tout au moins y avoir sans aucun doute, quelques cas avérés alors. Mais si nous sommes bien dans un tel cas de figure, cela voudrait dire alors que nous avions une bande de malfaiteurs au sein et à la tête du régime libéral. Une bande, dont l’ignoble tâche ne consistait en fait, qu’à piller systématiquement nos ressources sans scrupule. Ce serait aussi la confirmation que notre pays n’était pas du tout entre de bonnes et expertes mains en matière de gestion des affaires publiques. Et nous y sommes d’ailleurs jusque-là. Car le pays est malheureusement bien loin d’une gestion rigoureuse, efficiente, sobre, vertueuse, efficace, transparente, etc.  Nous constatons en fait que l’environnement peu rigoureux dans lequel le pays baigne actuellement au plan des institutions et autres, ne permet aucunement une gestion telle que souhaitée et n’empêche nullement du tout aussi, un pillage systématique et détournement de toutes sortes des ressources nationales de se faire, parce que l’impunité, le laxisme et l’absence de rupture demeurent encore jusque-là.

A la suite des fracassantes révélations, tout de même bien tardives, du colonel Ndaw, comme un déclencheur automatique, les langues certains responsables libéraux commencent à se délier. Et d’un peu partout, fusent des négations et justifications puériles et peu convaincantes de ceux-là qui se sentent déjà visés. En tout cas, ces révélations ne donnent encore que plus de poids et de raison valable, à poursuivre justement avec davantage de rigueur et de célérité, la traque des biens mal acquis et tous ceux qui se sont enrichis illicitement par les biens de la nation. Et en outre, elles montrent au besoin et dans une large mesure également, qu’il y a anguille sous roche, et que ce n’est point une chasse aux sorcières, de fausses accusations ou une adversité politique sans fondement. Elles constituent à suffisance, tout le sens du devoir et de l’obligation que l’Etat a par devers lui, à châtier avec sévérité, tous les véreux bénéficiaires reconnus coupables, en guise de sanction exemplaire et dissuasive à l’endroit de ceux qui auraient l’intention de tenter demain de les imiter.

D’ailleurs, nous le constatons  à travers leurs déclarations dans la presse. En effet, certains responsables libéraux, dont les comptes bancaires souffrent le trop plein, commencent à perdre leur sommeil depuis la sortie du livre et l’annonce de ses révélations qui éclaboussent certains d’entre eux. C’est un secret de Polichinelle, que tous ces gens concernés ont été bel et bien gracieusement servis par Me Wade, dans sa folie oligarchique à dilapider gratuitement et sans compter nos ressources. Ainsi, par cette voie ou manière, Me Wade traduisait en fait son idée folle et saugrenue de création de riches artificiels. En effet, Wade distribuait des millions à ses alliés pour les récompenser. Et l’ancien Premier ministre Souleymane Ndené Ndiaye en avait fait la révélation en soutenant toutefois que ce n’était pas une source d’enrichissement illicite.Il reconnaitrait d’ailleurs avoir reçu beaucoup d’argent de son mentor Me Wade. Mais si un tel fait n’est pas une source d’enrichissement illicite, il est quoi alors monsieur Ndiaye ? Et bizarrement, tous ces bénéficiaires indélicats ne donnent que des justifications bidon, qui ne peuvent en aucune façon tenir la route, à savoir que c’est un don reçu de Wade ou d’amis étrangers. Quelle incongruité !

Le président Macky Sall raterait le coche, en laissant filer en ce moment une occasion et la meilleure de son magistère, pour laisser une empreinte positive, en tirant au clair une bonne fois pour toutes, cette nébuleuse affaire de biens mal acquis et bien d’autres énigmatiques affaires publiques, qui empoisonnent l’atmosphère du pays depuis 2 ans. L’engagement solennel et ferme de Macky Sall à poursuivre jusqu’à son terme la traque des biens mal acquis et l’assainissement des mœurs par son gouvernement dès le début de son mandat, figurait parmi les priorités et avait reçu un franc soutien populaire sans précédent. Cette promesse est encore fraîche dans nos mémoires. Mimi Touré, comme ministre de la Justice avait entamé dans ce sens  un travail remarquable et encourageant, ce qui faisait trembler de peur certains et la constitution  de lobby contre elle. Mais malgré tous les crocs-en-jambe qu’on lui  faisait, elle avait fermement  tenu la dragée haute à ses détracteurs. Le constat qui se dégage aujourd’hui, est que l’intensité et la fermeté requises pour cette affaire, s’émoussent et laissent même entrevoir des négociations inacceptables et autres médiations pénales, donc une dérobade en vue ou un abandon de la traque. Une telle issue malheureuse serait une catastrophe de plus aux yeux des Sénégalais, qui s’attendaient à bien mieux. Et le fait de laisser filer ces voleurs avec autant de biens, justifierait sans aucun doute que l’impunité et l’absence de rupture dans la gestion des affaires publiques, demeurent encore parfaitement chez nous. Mais quoi qu’il en soit, tous les méfaits et revers de cette bataille perdue, retomberont immanquablement sur la tête de Macky  Sall lui-même.

II est bien vrai, et à cela il n’y a aucun doute, que le Sénégal est un pays de scandales où les uns sont plus graves que les autres. Mais le paradoxe, c’est qu’aucun de ces scandales bizarrement, n’a encore connu de dénouement net et clair. Il est pratiquement impossible de dire avec précision combien de scandales et meurtres déclarés et connus, ont été élucidés depuis 1962. Par ailleurs, on trouve rarement de prisonniers de droit commun, d’anciens gouvernants ayant commis de graves détournements de deniers publics au cours de leur gestion. Mais pourquoi donc ? Tout cela à cause simplement, de mensonges et de manœuvres d’évitement de la vérité de gouvernants irresponsables, sans patriotisme et éthique.

Au demeurant, toutes ces révélations scandaleuses depuis lors, prouvent nettement que nos gouvernants ont toujours menti et continuent encore à mentir  au peuple sénégalais. A l’évidence, tout reniement est un mensonge. Par conséquent, tout homme qui se renie est  bien capable de commettre toutes sortes bassesses pour avoir la satisfaction de ses besoins. Au Sénégal, et jusque-là en tout cas, tous ceux qui ont accédé au pouvoir, se sont reniés totalement ou partiellement, sur leurs engagements essentiels et fondamentaux. Voila pourquoi, cela sème à juste raison, le doute dans l’esprit des citoyens, et à se poser la question : maintenant, à qui faire confiance demain ? Donc, ce scandale de la Gendarmerie après celui tout récent de la police relatif à la drogue et la corruption, n’en est qu’un de plus et le nième du genre. Et sous peu de temps seulement, il sera classé sans suite et comme furent ceux qui l’ont précédé, on n’entendra plus en parler. Au regard de tout cela, on pourrait raisonnablement cataloguer notre pays, comme celui du cimetière des scandales. Ainsi, ils y naissent, s’y développent, y meurent, y sont enterrés et, un point final.

Maintenant, il faut tout de même souligner faire remarquer que le cas du colonel Ndaw, comporte bien des zones d’ombre, qu’il doit éclaircir pour que les Sénégalais puissent comprendre. En effet, pourquoi avoir révélé tout cela que maintenant ? Ensuite, quelles sont les raisons évidentes de son silence durant toute cette longue période qui précède ses révélations? Puisqu’il était le chargé de l’enquête du naufrage du Bateau le Joola, qu’il nous dise aussi ce que le rapport a révèle et qui sont les responsables réels de la catastrophe ? Et pourquoi n’a-t-il pas, ce qui est plus judicieux, publié son rapport sur le Joola à la place de son livre ? Où se trouve en ce moment son rapport sur le Joola ? Enfin, puisqu’il est si imprégné de l’Affaire Me Seye, qu’il nous dise, qui est l’assassin de ce dernier ? Le colonel ayant évoqué beaucoup de problèmes à la fois, qui couvrent une longue période, il faut craindre alors dans son cas s’il n’a pas fait, comme disait l’autre : qui trop embrasse mal étreint ! Nous estimons que des réponses nettes et claires du colonel aideraient tout le monde à y voir clair.

Nous pensons que l’Etat à tout intérêt et même l’obligation, de faire toute la lumière sur le cas du colonel Ndaw. L’affaire étant si grave, elle ne doit pas par conséquent finir en eau de boudin, mais bien, par des sanctions sévères à l’encontre de tous les coupables reconnus.

Le Sénégal est paradoxalement, le pays où les gouvernants, au lieu de gérer convenablement et rigoureusement les biens de la nation qui leur sont confiés, pour le bonheur et la satisfaction des citoyens, non, ils se le partagent entre eux tout bonnement, en laissant  la majorité de leur peuple patauger dans la misère noire. Ainsi, en lieu et place de servir leur peuple, comme un sacerdoce, ils se servent plutôt de tous ces biens à leur seul et unique profit. Y-a-t-il moralement, socialement  et humainement d’actes criminels  plus odieux et ignobles que celui-là ? Peut-on objectivement attribuer à tels gens, un grain de patriotisme, d’éthique, de dignité, etc. ? Absolument non !

Par ailleurs, au moment où en France, l’Elysée procède à réduire ses dépenses par des coupes partout où cela est possible par soucis d’économie, Voilà qu’au Sénégal, le président de la République lui, prend le sens contraire. Ainsi, au lieu de cela, il gonfle son gouvernement de 39 ministres et secrétaires d’Etat, avec plein de bleus, en plus des ministres d’Etat et ministres conseillers. Voilà pourquoi, nous sommes bien en droit de se demander si sérieusement, au Sénégal, nos gouvernants comprennent ce que veut dire exactement train de vie de l’Etat ? À plus forte raison de la nécessité de penser même à le réduire à ses plus justes proportions, en rapport avec la situation économique et financière du pays ?

En fait, nous ne sommes pas loin d’une calamité, en ce sens que nos gouvernants, tout en proclamant par des vociférations le combat pour le développement et l’émergence du pays, paradoxalement, toutes les actions qu’ils mènent sont en contradiction flagrante et immergent plutôt notre pays, dans les profondeurs abyssales du sous développement et de la pauvreté.

Alors que le Sénégal est pourtant, parmi les pays les plus adulés par la Communauté internationale – bénéfice d’effacement de dettes plusieurs fois, d’aide et d’assistance multiforme, etc-. Il est aussi courtisé et choyé par les grandes puissances qui ferment d’ailleurs leurs yeux ou se taisent très souvent, par sympathie ou intérêt politico-économique, sur les nombreux manquements de ses dirigeants d’hier à aujourd’hui. Paradoxe encore ! Malgré tout cela, son peuple n’en profite pas pour autant.

 

Mandiaye Gaye

 


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