Depuis deux jours, le Mali est attaqué. En tant que voisin, frère siamois du Sénégal et panafricain, il m’est impossible de rester silencieux. J’exprime ici mon soutien plein et entier au peuple malien, confronté à une nouvelle vague de violences qui marque un tournant inquiétant dans la nature des menaces sécuritaires au Sahel.
Les groupes jihadistes doivent être combattus sans ambiguïté, et ces attaques doivent être condamnées de partout. La Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest est appelée à suivre la situation de très près. Au-delà des institutions, c’est toute la région qui doit faire bloc. Aux Maliens, j’adresse un message de résilience et d’unité : c’est dans ces moments que les nations se révèlent.
Les attaques récentes témoignent d’une mutation préoccupante. Après avoir ciblé, fin 2025, les circuits de ravitaillement en produits pétroliers, les groupes armés s’attaquent désormais directement aux symboles et aux leviers de la souveraineté malienne. Les offensives coordonnées, menées sur plusieurs fronts, combinent des modes opératoires variés : véhicules piégés, assauts simultanés, et, de plus en plus, l’usage de technologies accessibles comme les drones. les attaques auraient impliqué l’usage de drones selon plusieurs sources, illustrant l’évolution technologique des groupes armés.
Nous sommes face à une guerre asymétrique. Des groupes non étatiques, mobiles, adaptatifs, capables d’exploiter des moyens relativement légers mais efficaces, affrontent un État contraint par des structures plus lourdes. Cette asymétrie n’est pas seulement militaire ; elle est aussi informationnelle, logistique et financière. Elle permet à ces groupes de frapper vite, fort, et souvent là où on ne les attend pas.
Les armes et les moyens déployés interrogent. Ils suggèrent l’existence de soutiens qui dépassent les seules dynamiques locales. Il est légitime de s’interroger sur les réseaux internationaux – financiers, logistiques, voire politiques – qui permettent à ces groupes d’opérer à ce niveau. Le Mali semble faire face à des adversaires puissants, dont l’intérêt est de maintenir une instabilité chronique, voire de favoriser une fragmentation du territoire.
Dans ce contexte, la lutte contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme doit être considérablement renforcée. Aucun dispositif sécuritaire ne pourra être pleinement efficace si les flux financiers qui alimentent ces groupes ne sont pas identifiés, traqués et asséchés avec rigueur.
Il serait par ailleurs naïf d’ignorer les enjeux économiques sous-jacents. Le Mali, riche de ressources minières considérables, affirme de plus en plus sa souveraineté sur son territoire et ses richesses. Cette dynamique vient bousculer des équilibres anciens et des intérêts établis. Dans bien des cas, les conflits contemporains ne se jouent pas uniquement sur des lignes idéologiques, mais aussi autour du contrôle des ressources et des chaînes de valeur stratégiques.
Dans un article à paraître dans la Revue de Dakar, consacré aux impacts des tensions au Moyen-Orient – notamment autour de l’Iran – sur le continent africain, j’alertais déjà sur le risque d’une extension des conflits et sur l’émergence de formes d’attaques hybrides. Les événements actuels au Mali semblent confirmer que nos États ne sont pas encore pleinement préparés à ces nouvelles configurations de la guerre.
Face à cela, l’Afrique de l’Ouest doit franchir un cap. Il ne s’agit plus seulement de coopérer, mais de mutualiser réellement les moyens, de renforcer les dispositifs communs et d’avancer vers une capacité régionale crédible de défense et de sécurisation des frontières. La souveraineté ne peut être effective sans sécurité, et la sécurité ne peut être durable sans une approche collective.
Rester silencieux aujourd’hui serait une faute. Parler, analyser, alerter et proposer : c’est une responsabilité.
Mohamed LY
Président Think Tank IPODE